La médiation environnementale au service des projets de territoire
par Parole de Médiateurs · 4 mai 2026
Face aux impacts que tout projet de construction publique peut avoir sur l’environnement, une question s’impose de plus en plus aux décideurs publics : comment faire mieux ensemble pour éviter que les tensions environnementales ne deviennent des tensions humaines génératrices de catastrophes de plus en plus dévastatrices à tous points de vue ?
C’est autour de cette interrogation que le collectif normand Octobre Mois de la Justice Amiable (OMJA) a réuni le 5 décembre 2025, au sein de la Maison de l’Avocat du barreau du Havre des maires, des hauts responsables de collectivités territoriales et de l’Etat, magistrats de l’ordre administratif, des avocats et médiateurs.
Un public directement ou indirectement confronté, au quotidien, à la gestion de projets sensibles et à la nécessité de concilier exigences environnementales, contraintes juridiques et attentes des citoyens.
L’ambition était simple : ouvrir une autre voie pour construire des projets aux enjeux multiples en inscrivant la réflexion dans un thème central : « la médiation au cœur des défis environnementaux ».
Car la médiation peut offrir un souffle nouveau dans la conduite des projets environnementaux.
Pour en saisir toute la portée, cette matinée a été pensée comme une expérience immersive articulée en deux temps :
- Un premier temps consacré à la présentation du processus de médiation et des dynamiques du dialogue territorial ;
- un second temps dédié à l’expérimentation concrète de l’outil à travers trois cas pratiques proposé aux participants.
Animée par des professionnels aux expériences complémentaires, issus du monde de la médiation et du droit public, cette rencontre a permis de croiser les regards et d’ancrer les échanges dans la réalité du terrain.
- Comprendre : la médiation environnementale comme levier d’action publique
- Une réponse aux limites des dispositifs classiques de participation
Les collectivités et les services de l’État disposent d’outils structurés pour associer le public aux projets : concertation préalable, enquêtes publiques, débats publics.
Ces dispositifs remplissent une fonction essentielle : informer, recueillir les observations, éclairer la décision.
Mais ils ne suffisent pas toujours à traiter une difficulté récurrente : celle des situations où, malgré ces espaces d’expression, les positions restent figées, les tensions persistent et la mise en œuvre du projet se fragilise.
La médiation environnementale s’inscrit précisément dans cet interstice.
Elle intervient non pas pour organiser un débat supplémentaire, mais pour travailler sur la relation entre les acteurs et permettre de dépasser les logiques d’opposition.
Comme l’exprime Nicolas LE MEHAUTE, « la plus-value de l’intervention du médiateur est d’arriver à faire travailler ensemble des personnes qui doivent cheminer ensemble mais qui n’en ont pas l’envie ou qui en ont peur ».
La médiation offre alors un cadre structuré pour passer d’une confrontation de positions à une exploration des intérêts, souvent plus compatibles qu’il n’y paraît.
- Un outil opérationnel au service de la décision et de sa mise en œuvre
La médiation environnementale ne remet pas en cause la responsabilité des décideurs publics.
Elle ne se substitue ni à la décision, ni au cadre juridique.
Elle constitue en revanche un outil d’aide à la décision et à la mise en œuvre.
Concrètement, elle permet :
- d’anticiper les conflits en amont des projets,
- de donner la parole à tous les intérêts en jeu,
- de renforcer l’adhésion autour des décisions publiques,
- de sécuriser la mise en œuvre en recherchant des solutions répondant aux besoins identifiés,
- et, plus largement, d’améliorer la qualité des décisions publiques en intégrant les attentes réelles des acteurs en ayant effectué des concessions équilibrées.
Dans un contexte où les contentieux peuvent ralentir, voire compromettre des projets, la médiation apparaît comme un outil stratégique de gouvernance territoriale au service d’une action publique apaisée et partagée.
Ces principes ayant été exposés aux participants, ils ont été ensuite invités à expérimenter la médiation.
II. Expérimenter : de la théorie à la pratique du dialogue
- L’immersion comme révélateur des dynamiques de conflit
Au-delà des apports théoriques, la matinée a reposé sur une mise en situation concrète autour de projets tels que la construction d’une usine de méthanisation, d’un parc éolien ou de l’extension d’un camping.
Cette immersion a rapidement fait apparaître plusieurs enseignements clés.
D’abord, la complexité des positions de chacun : contraintes juridiques, responsabilités politiques, enjeux économiques, attentes citoyennes.
Ensuite, la facilité avec laquelle les incompréhensions peuvent s’installer lorsque les espaces de dialogue sont insuffisamment structurés.
Enfin, et surtout, la possibilité de faire évoluer les situations dès lors qu’un cadre permet d’écouter, de reformuler et de travailler sur les intérêts en présence.
- Le dialogue comme compétence stratégique pour les acteurs publics
L’un des apports majeurs de cette expérience réside dans la prise de conscience suivante : le dialogue territorial ne relève pas uniquement de la bonne volonté des acteurs.
Il constitue une compétence à part entière.
La médiation environnementale propose précisément une méthode pour organiser ce dialogue : un cadre, des règles, un tiers indépendant neutre et impartial.
En définitive, le médiateur est un rouage qui permet de (re)créer du lien entre tous : il doit ainsi s’employer à identifier et inviter toutes les « parties prenantes » à la table du dialogue.
Grâce aux règles définies et acceptées ensemble, le médiateur est garant de l’équilibre des échanges.
Ce cadre permet de faire émerger sereinement des solutions « gagnant-gagnant » au service du projet public.
Pour conclure, cette matinée a permis de dépasser une idée souvent répandue : celle selon laquelle la médiation serait un outil accessoire, mobilisable uniquement en cas de contentieux.
Elle a au contraire montré qu’elle peut devenir un véritable outil de gouvernance, intégré en amont des projets, au service d’une action publique plus efficace.
Dans un contexte de transition écologique, où les décisions engagent durablement les territoires et leurs équilibres, la capacité à organiser le dialogue ne peut plus être reléguée au second plan.
Développer la médiation environnementale, c’est se donner les moyens de décider en pleine conscience — en intégrant l’ensemble des réalités, des usages et des impacts.
C’est, au fond, faire le choix d’une vision exigeante de l’action publique : une vision responsable, éclairée, et pleinement assumée dans ses conséquences.
Amandine DOMINGUES,
avocate au barreau de Rouen & médiatrice diplômée
(DU médiation de l’université du Mans)
Intervenants de l’atelier « la médiation au cœur des défis environnementaux »
- Frédéric CANTON, avocat au barreau de Rouen et médiateur diplômé ;
- Hubert DEJEAN DE LA BATIE, Ancien maire de Sainte-Adresse, Vice-président de la Communauté urbaine Le Havre Seine Métropole en charge de la transition énergétique, de l’économie circulaire et des déchets et Vice-Président de la Région Normandie en charge de l’environnement ;
- Amandine DOMINGUES, avocate au barreau de Rouen et médiatrice diplômée ;
- Sandrine GILLET, avocate au barreau de Rouen et médiatrice diplômée ;
- Nicolas LE MEHAUTE, médiateur territorial et environnemental Scop DialTer ;






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