Des histoires qui font du bien
par Parole de Médiateurs · 17 mars 2026
Face au sentiment d’impuissance et aux angoisses sur un avenir commun incertain, les pratiques narratives peuvent apporter des pistes de réponses concrètes. Initiées par Michael White et David Epston dans les années 80, elles offrent une réponse originale, humaniste et opérationnelle.
Il suffit de changer de point de vue pour porter un regard neuf sur le monde. Le cœur des pratiques narratives repose en effet sur une idée aussi simple que puissante : « La personne n’est pas le problème ; la personne est la personne, le problème est le problème. » Cela peut sembler évident, pourtant cette approche change radicalement notre façon de percevoir les difficultés relationnelles. Au lieu de voir les tensions internes comme étant la conséquence des défauts personnels de membres du groupe, elles deviennent tout d’un coup des éléments externes à aborder ensemble. Cette façon de considérer les choses libère les individus d’un poids moral et leur redonne la capacité d’agir collectivement
Faire émerger une histoire collective valorisante
Une fois posé ce principe, une interrogation demeure. Concrètement, comment fonctionne une démarche narrative collective ? En fait, tout commence souvent par des échanges individuels au cours desquels chaque participant est invité à exprimer ses ressentis, ses difficultés, mais aussi ses espoirs et ses ressources personnelles. L’idée, dans le cas présent, n’est pas de chercher immédiatement une solution au problème, mais simplement d’écouter, de reconnaître et de valoriser ces récits individuels. Cette première étape, respectueuse et attentive, pose les bases indispensables de la confiance.
Vient ensuite le moment où le collectif se retrouve. Dans un cadre protégé et bienveillant, chacun partage son récit personnel autour d’une problématique commune préalablement définie. Ce partage, guidé par des questions narratives, met en lumière des ressources, des talents et des stratégies de résistance que les individus avaient parfois oubliés ou sous-estimés. C’est lors de ces échanges que naît une nouvelle histoire collective, construite à partir des forces et des valeurs partagées par l’ensemble du groupe.
Le résultat tangible de ce processus est la création d’un document collectif. Véritable symbole et repère pour le groupe, ce texte, co-écrit par les différentes parties prenantes, formalise les engagements communs, les valeurs choisies, les principes et les perspectives sur lesquels ils souhaitent désormais s’appuyer. Il devient alors une référence vivante, accessible à tous, capable de restaurer durablement la cohésion et la sérénité collective.
Une cérémonie collective ponctue souvent ce processus. Il ne s’agit pas uniquement d’un moment symbolique, mais d’une étape-clé où les récits partagés sont honorés et célébrés par tous, renforçant ainsi la solidarité, l’estime mutuelle et le sentiment profond d’appartenance.
Des résultats probants dans des contextes variés
L’efficacité des pratiques narratives collectives a été démontrée à travers différentes expériences et contextes dans le monde. En France, ces approches sont utilisées principalement dans le champ sanitaire (comme la lutte contre l’alcoolisme par exemple) mais aussi dans les organisations traversant des difficultés internes. À titre d’exemple, deux spécialistes en pratiques narratives décrivent leur intervention dans une entreprise (1) : une équipe de managers divisée par un management toxique s’est réunie au cours de trois séances distinctes. La première séance a permis aux participants d’exprimer et d’externaliser clairement les difficultés vécues individuellement. La deuxième séance a eu pour objectif de faire émerger un nouveau récit collectif valorisant les compétences et les valeurs communes. Enfin, lors de la troisième séance, un document collectif a été rédigé et validé par l’ensemble des participants, puis célébré ensemble dans un moment fort de reconnaissance mutuelle, transformant ainsi durablement leurs relations professionnelles.
Mais, au-delà des contextes professionnels, les pratiques narratives peuvent révéler leur potentiel au sein des communautés locales ayant subis les conséquences du changement climatique (inondations, éboulements, etc.), des quartiers en difficulté ou même auprès de publics fragilisés par la précarité, la discrimination ou encore des problèmes de santé. Elles mettent en lumière des histoires souvent invisibles de solidarité, de courage et d’entraide, redonnant dignité et capacité d’action aux individus.
Redonner sens et espoir face aux défis actuels
Ainsi, dans un monde où le lien social semble sans cesse menacé, les pratiques narratives collectives proposent un cadre pour transformer des vécus fragmentés en récits porteurs de sens, capables de donner un second souffle au collectif. Elles permettent à chaque personne, chaque équipe ou chaque communauté de redevenir pleinement auteure de son histoire et de transformer collectivement les défis actuels en un avenir plus apaisé et porteur d’espoir.
Références
[1] Françoise Quennessen & Jean Louis Roux, « Les idées narratives au service d’un collectif de managers » : https://www.dulwichcentre.com.au
Par Laurence Duclos
Consultante indépendante, elle accompagne la conception, la mise en œuvre et l’animation de projets à fort impact social et socio-environnemental. Elle est aussi formée aux pratiques narratives collectives.
Les principes clés des pratiques narratives
Pour animer un atelier collectif, le praticien narratif structure son intervention autour des principes suivants :
- Externalisation : considérer les problèmes comme extérieurs à la personne.
- Re-membering : reconnecter les personnes à leurs valeurs et aux relations positives de leur vie.
- Réécriture (re-authoring) : créer des récits alternatifs valorisant les ressources et compétences.
- Documentation collective : formaliser et pérenniser les nouveaux récits partagés.
- Cérémonie définitionnelle : célébrer collectivement les succès et les avancées du groupe.






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