Les humains et leurs rapports à l'image

La puissance du visuel au service de la médiation

Notre monde a toujours été visuel et le devient encore plus aujourd’hui, rien ne l’arrêtera. Aucun de nous n’y échappe. Nous sommes tous visuellement câblés. Depuis les premières civilisations, l’image gouverne la communication. Enfant, notre capacité visuelle se développe avant notre compétence verbale…

Comment une approche visuelle permet-elle de faciliter la résolution d’un conflit ?

Sous le stress émotionnel, les parties n’entendent pas toujours ce qu’elles se disent au cours de la médiation. La retranscription picturale leur permet de visualiser les échanges. Elle offre un deuxième canal de compréhension et de mémorisation. En voyant les dialogues enrichis de couleurs, de graphismes et de dessins, les parties appréhendent encore mieux l’émotionnel et commencent à s’autoréguler d’elles-mêmes. La visualisation des échanges simplifie la communication et la rend immédiate.

Lorsque les parties ne se sentent pas entendues, elles se retrouvent la plupart du temps coincées dans leurs positions. La retranscription visuelle offre une rétroaction immédiate et les personnes se sentent entendues. Dès le début le papier blanc, vierge encore, donne un espace neutre supplémentaire. Au gré du processus de résolution cet espace peut recueillir des perspectives divergentes, sans jugement. Visualisant l’ensemble des éléments collectées, les parties se sentent plus vite à l’aise et prennent de meilleures décisions. La médiation visuelle déplace le conflit vers sa résolution.

Les transcriptions visuelles aident les parties à examiner et à suivre les divergences, les intérêts et les solutions possibles. Elles permettent de repérer leur place dans le flot des échanges, au gré des sessions. L’enregistrement visuel au fil de l’eau permet d’embrasser l’ensemble des échanges et de réfléchir sur de nouvelles informations, des questions émergentes … La cartographie des échanges permet de suivre leur cours et d’enregistrer des informations.

Avec une page contenant toutes les informations importantes, le cerveau est libre de penser et de parler sans avoir à se souvenir de tout. La vue panoramique des commentaires facilite un passage automatique de « mon point de vue » à « vue d’ensemble ». Les parties sont davantage enclines à respecter le processus si elles se sentent responsables de l’accord qui émergera et du cheminement utilisé pour y parvenir. La carte se dessinant devient après la médiation un artefact neutre du vécu du conflit. La co création de contenu visuel stimule l’engagement et l’unité entre les parties.

La médiation visuelle utilise des graphiques pour expliquer et guider les parties à travers un processus qui leur est inconnu. Elle collecte et donne à voir des éléments clés, des idées ainsi que les expressions des parties sur un papier grand format, au fur et à mesure qu’ils sont exprimés. Elle implique davantage les parties dans un rôle actif pour travailler concrètement avec leurs données, détecter et résoudre le problème.

Il est possible qu’un médiateur s’associe à un praticien, facilitateur graphique « Graphic Recorder » à un autre médiateur visuel pour conduire une médiation visuelle. Le facilitateur graphique et le « Graphic Recorder » doivent avoir une formation de base sur le processus de médiation. Afin d’augmenter plutôt qu’involontairement entraver le travail du médiateur, une compréhension des modèles et styles de processus de médiation est indispensable.

Pour ma part, professionnel expérimenté en facilitation graphique, il m’a fallu apprendre à minima un processus de médiation, basé sur la roue de Fiutak et la CNV (communication non violente de Marshall Rosenberg). Après avoir obtenu mon diplôme universitaire de médiation (200 heures de formation minimum), j’ai pu conjuguer les deux pratiques pour proposer la médiation visuelle. L’une ne peut se faire sans l’autre. Cet automne, je formerai mes pairs médiateurs à la médiation visuelle. Un facilitateur graphique n’a pas forcément l’âme d’un médiateur même si les qualités sont connexes. Pour un médiateur la facilitation visuelle peut facilement apparaître comme une évidence.

Ce qu’il faut retenir 

La médiation visuelle ajoute une dimension dynamique à la médiation.

Comment j’utilise des modèles visuels

Avant chaque médiation je prépare un modèle d’agenda visuel et où sont saisies des informations pour aider à définir la structure de la médiation. Le modèle comprend une mer orageuse et une métaphore d’iceberg qui représente le conflit auquel les parties sont confrontées.

Au début de la séance, je capture sur le modèle les objectifs de médiation et sujets de discussion des parties. J’illustre les accords autour de : « comment nous travaillons en médiation ». Travailler avec les parties pour remplir toutes les catégories du modèle garantit que nous couvrons les principes fondamentaux de la médiation.

Je constate que la métaphore de l’iceberg est devenue un outil pour aider les parties à comprendre les positions, les intérêts et les besoins sous-jacents. Tout au long des sessions, le visuel permet de retrouver facilement les accords de processus pour les compléter ou les renégocier. De plus, parce que les accords sont restés visibles pendant les séances, ils fournissent un rappel silencieux mais constant pour chacun.

Comment j’utilise la cartographie visuelle en direct

Alors qu’un médiateur dirige principalement les échanges, j’enregistre visuellement les points clés de chaque séance de co médiation en temps réel sur des feuilles de papier de 160 par 120 millimètres. Le médiateur visuel filtre le dialogue afin de cartographier les informations axées sur l’avenir et soutenant la résolution de conflit.

Les graphiques obtenus comprennent :

  • Objectifs mutuels des parties et besoins individuels pour une relation plus productive
  • Métaphores de dynamiques comportementales inefficaces associées aux suggestions sur comment communiquer différemment
  • Vignettes de conflits réels et idées sur la façon dont des scénarios similaires pourraient être traités différemment à l’avenir
  • Stratégies de communication et de négociation introduites par les médiateurs
  • Progrès des parties dans leur fonctionnement relationnel au fil du temps

Après chaque session, les parties reçoivent une version électronique de la carte que je leur suggère d’imprimer pour la voir quotidiennement.

Pour conclure

L’utilisation de diverses méthodes visuelles à différentes étapes de la médiation aident à mieux se comprendre les uns les autres. Autant de voies ouvertes pour une communication efficace et une meilleure résolution des conflits. Les cartographies visuelles reflètent la singularité de chaque cas. Les circonstances individuelles et collectives, créent l’appropriation des accords parce que ce sont les propres mots et images des parties.

Le processus hautement collaboratif du travail visuel déplace la concentration de chacun vers l’autre au service de la cocréation. Cela aide les parties à rester concentrés sur la solution et l’avenir. Elles sont par conséquent moins crispées sur les problèmes et l’histoire qu’elles partagent.

Par Bruno Forand

Médiateur,

facilitateur graphique, médiateur visuel.
06 09 52 09 80    bruno@possibelity.fr