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La séparation et l’enjeu de la coparentalité. Une réponse : la Médiation Familiale – Article de Marc Juston Magistrat honoraire.

LA SEPARATION ET L’ENJEU DE LA COPARENTALITE :
L
’EGALITE PARENTALE
ET « LE PETIT COLIBRI »

Par Marc Juston –  Magistrat honoraire

Le débat sur la coparentalité et la séparation des couples correspond au débat sur la famille aujourd’hui.
C’est vrai que l’enfant est au cœur des familles, l’enfant fait désormais famille, et cet enfant doit bénéficier de son père et de sa mère pour grandir, se construire, se structurer et devenir un adulte.

Et, si la société veut faire des enfants des adultes, il est nécessaire de mettre en avant la notion de coparentalité.
Le respect de la coparentalité, c’est le bien – être de l’enfant, qui doit avoir accès à ses deux parents.
Il est fondamental, pendant la vie du couple et quand le couple se sépare, de travailler la coparentalité et l’intérêt de l’enfant, en parents responsables.
Et, force est de constater que le Juge aux affaires familiales constate chaque jour, à ses audiences, les ravages sur les enfants des séparations conflictuelles des parents.

Ces batailles parentales  sont, la plupart du temps, des conflits de couples qui n’ont pas été réglés. Avec son cortège de blessures, de rancœurs et de haine, c’est une souffrance qui souvent se transforme en violence.
Et dans toutes les situations, l’enfant est souvent malmené, tel un ballon de rugby au sein d’une mêlée.
Quelques lignes  en introduction du roman magnifique et dramatique de Jean-Denis Bredin, Membre de l’Académie Française : « L’enfant sage », qui dresse le tableau d’un enfant de 12 ans dans cette situation :

Pris entre un père et une mère qui se détestent et ne se parlent pas, « l’enfant sage se suicide » :
« Son père, sa mère éloignés au point qu’ils semblent ne s’être jamais rencontrés, deux maisons qui s’ignorent, deux lits sans vrai repos, deux gâteaux d’anniversaire pour fêter les 12 ans, deux mondes qui n’ont en commun qu’un passé enfui, interdit, Julien est l’enfant du partage. Il va de son père à sa mère, de sa mère à son père. Il sourit, il approuve, il veille sur l’un, il veille sur l’autre, il les garde, il ment chaque fois qu’il est nécessaire ».

L’absence de  coparentalité entraine souvent des conséquences dramatiques sur l’enfant.

Le maintien des liens familiaux

En préliminaire, il est important de rappeler que le Juge aux affaires familiales a pour vocation première de :
Régler le maintien des liens familiaux, dans le cadre d’une séparation, et ce dans l’intérêt de l’enfant.
Et pour accomplir ce travail d’aménagement des liens familiaux, le JAF doit toujours avoir à l’esprit que c’est au nom de principes établis par la loi qu’il est autorisé à intervenir.

Les principes établis par la loi  sont au nombre de trois :

  • La coparentalité,
  • L’intérêt de l’enfant,
  • L’apaisement des séparations.

Le premier principe édicté par le législateur est l’apaisement des séparations.

La première notion – cadre qui doit guider le JAF est contenue dans les lois de 2002 sur l’autorité parentale, de 2004 sur le divorce et de 2007 sur la protection de l’enfance,  c’est l’apaisement et la recherche de la pacification des séparations et des divorces.

Le leitmotiv du législateur est de faire en sorte que les séparations soient apaisées dans l’intérêt des couples, mais surtout dans l’intérêt des enfants, que les parents se respectent dans l’intérêt de leurs enfants.

Se séparer en bonne intelligence, en parents responsables est le maitre mot du législateur.

La seconde norme, le fil rouge de toutes séparations consiste en l’intérêt de l’enfant et la protection de l’enfant.

Nous savons tous que le respect par la société de l’intérêt supérieur de l’enfant est une idée essentielle, inhérente à toutes les cultures.
Elle trouve sa traduction, dans la réalité, notamment dans la Convention Internationale  des Droits de l’Enfant adoptée par l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies le 20 novembre 1989, dite Convention de New York, et notamment l’article 3 qui dispose que :
« Dans toutes les décisions qui concernent l’enfant, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale », ainsi que le guide de ceux qui ont la responsabilité de son éducation et de son orientation.

Qu’en est -il en droit français ?

Le législateur français n’a pas intégré cette formule de l’intérêt de l’enfant  directement dans l’arsenal législatif, mais  elle est au cœur du dispositif relatif à l’autorité parentale et de nombreux articles du code civil et du code de procédure civile, qui président à l’application des lois en matière familiale, rappellent que le JAF doit se référer, lorsqu’il prend une décision à « l’intérêt de l’enfant ».
De ce principe, découle notamment l’obligation pour tout parent d’agir dans le respect de la personne de l’enfant (art. 371-1 cc) quelles que soient ses convictions personnelles.

Mais, la question peut être posée de savoir :
Qu’est- ce que l’intérêt supérieur  de l’enfant ?

Et il est vrai que la notion d’intérêt de l’enfant est une notion abstraite, très aléatoire. Elle reste souvent une formule obscure, vague, une notion vide, une position de principe.
C’est une très belle notion, mais les  questions se posent  souvent :

  • Comment donner de la consistance à ce principe ?
  • Comment faire pour que ce ne soit pas une utopie ?
  • Comment faire de l’intérêt de l’enfant une réalité ?
  • La notion d’intérêt de l’enfant peut-elle avoir un sens en cas de conflit parental et qu’est – ce exactement dans ce cadre ?

Toute décision prise par le JAF doit l’être dans l’intérêt de l’enfant. Mais, un magistrat n’est pas un ordinateur, et dans un dossier donné, les Jafs peuvent avoir une vision différente de l’intérêt de l’enfant.
C’est ainsi par exemple que lorsqu’est soumis à des auditeurs de justice un  dossier de séparation conflictuelle d’un couple avec deux enfants, la mère réclamant la résidence, sollicitée également par le père, et alors que le Jaf a évoqué la possibilité d’une résidence paritaire ou non, les décisions prises, au nom de l’intérêt des enfants,  ne sont pas identiques.
Ainsi, lors de la dernière consultation : 5 « résidence à la mère », 3 « résidence au père », et 2 « résidence alternée paritaire » !!

Le 3ème principe édicté par le législateur, c’est la coparentalité, l’exercice en commun de l’autorité parentale :

 Un père = une mère en termes de droits et de devoirs, pas de parent supérieur – pas de parent inférieur, pas de parent plus – pas de parent moins, mais égalité parentale en termes de droits et de devoirs.

Rappel de la loi

La loi pose comme principe que les parents exercent ensemble l’autorité parentale à l’égard de leur enfant (art 372 cc et 372-2 cc), et la loi ajoute que la séparation est sans incidence sur les règles de dévolution de l’autorité parentale.

La coparentalité est la règle.

Et la séparation ne doit avoir aucune conséquence  sur le principe même des relations de l’enfant avec chacun de ses parents.
Ce qui veut dire que l’intérêt de l’enfant est de maintenir des relations personnelles avec chacun de ses parents (à noter que le retrait de l’autorité parentale procède d’une dynamique différente).
C’est d’ailleurs pour cette raison que l’article 373-2-1 du code civil précise que : « le parent qui n’a pas l’exercice de l’autorité parentale conserve le droit et le devoir de surveiller l’entretien et l’éducation de l’enfant. Il doit être informé des choix importants relatifs à la vie de ce dernier ».

En conséquence, entre les parents mêmes séparés, le lien familial est formalisé en droit par l’autorité parentale qui appartient aux deux parents, même s’ils ne l’exercent pas tous les deux.

Enfin, au-delà même de la question de l’autorité parentale, dit la loi :
« Chacun des parents doit maintenir des relations personnelles avec l’enfant et respecter les liens de celui-ci avec l’autre parent ».

 Tentative de définition de l’autorité parentale

A défaut de définition dans le code civil, une définition de l’autorité parentale peut être proposée :

« L’autorité parentale exercée en commun signifie que les parents doivent :
-prendre ensemble les décisions importantes, notamment en ce qui concerne la santé, la scolarité, l’éducation religieuse et le changement de résidence,
-s’informer réciproquement, dans le souci d’une indispensable communication entre parents, sur l’organisation de la vie de l’enfant (vie scolaire, sportive et culturelle, traitements médicaux, loisirs, vacances, etc…)
-permettre les échanges de l’enfant avec l’autre parent dans le respect du cadre de vie de chacun ».

 Les conséquences pour le Juge aux affaires familiales

Cette définition  signifie pour le Juge aux affaires familiales que toute décision qui va à l’encontre de ce principe doit être motivée, et c’est bien là toute la difficulté puisque :

  • Dans beaucoup de cas, on ne trouve pas chez le parent qui est en rupture avec son enfant de motif qui lui soit imputable,
  • On ne trouve pas de motifs qui justifient de ne pas lui laisser la pleine mesure de ses prérogatives de père ou de mère (héberger son enfant, suivre son éducation, etc…).

Les conséquences pour les professionnels

Ce principe de coparentalité a des conséquences importantes pour Nous Tous et notamment tous les professionnels qui travaillent avec le monde de l’enfance et de l’adolescence.

En effet, tout professionnel qui intervient auprès d’un enfant ou d’un adolescent ne doit pas oublier que ses deux parents sont titulaires ensemble de l’exercice en commun de l’autorité parentale et qu’ils ont les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Cela veut dire que tous deux doivent être sollicités à égalité, lorsqu’une question intéressant la vie de l’enfant est évoquée.
Or, encore trop souvent, beaucoup  trop de de professionnels font comme si ce principe n’existait pas et n’ont de relations qu’avec le parent résident (la notion de parent gardien étant obsolète, le code civil parle de « résidence », et non plus de « garde »).
Il est primordial de rappeler qu’aucun des parents ne peut considérer parce qu’il a la résidence habituelle de l’enfant ou parce qu’il a temporairement l’enfant avec lui qu’il peut prendre seul des décisions qui engagent l’intérêt supérieur de l’enfant (école – voyages – choix du lieu de vie – opération) en informant simplement (ou pas du tout) l’autre parent.
Et il est primordial que le Juge, mais aussi tout professionnel,  le rappelle à chaque parent qui vit en couple et à chaque parent qui vit séparé.

La réalité du terrain : la coparentalité souvent « bafouée »

Les trois principes qui sont étroitement liés – apaisement des séparations – respect de l’intérêt de l’enfant et de la coparentalité –  constituent le fil rouge de la séparation.
Or, l’on constate dans nombre de séparations un non-respect par les parents de ces trois principes, mais, aussi, un non – respect par nombre de professionnels de la notion de coparentalité.
En effet, la souffrance de la séparation – voulue ou pas voulue- entraine de la part de certains parents des comportements qui bafouent les notions de coparentalité et de l’intérêt de l’enfant.

L’enfant est mal – traité, il est aussi maltraité, par ses parents qui devraient le chérir.

Et sur le terrain, de la part de nombre de parents, l’on constate que la notion de coparentalité est méconnue. Elle est très souvent mise à mal en effet par les parents, mais aussi par nombre de professionnels.
L’on constate, très souvent, qu’il existe :

  • Un parent principal et un parent secondaire, doté de droits moins étendus,
  • Un parent supérieur qui s’arroge tous les droits et un parent inférieur qui subit.

Très souvent, celui qui bénéficie de  la résidence de l’enfant estime avoir tous les droits, et la notion de coparentalité est bafouée.
Et,  la différence entre les actes importants concernant la vie de l’enfant qui doivent être pris à deux, et les actes usuels qui peuvent être pris seuls n’est pas entrée dans l’esprit des familles.

Un exemple :

Je m’efforce de sensibiliser une personne à cette notion de coparentalité, mais sans grand succès, tant elle est persuadée que son futur ex – mari qui l’a quittée, a tous les torts. Cas bien classique. Maintenant elle évite de me parler au téléphone !!

Mais, la notion de coparentalité  n’est pas entrée non plus,  dans l’esprit de nombre de professionnels.

Combien de professionnels ne s’intéressent qu’ « au parent gardien » comme  l’on continue à affirmer, alors que l’on devrait dire « le parent qui a la résidence de l’enfant », ou encore « le parent au domicile duquel la résidence de l’enfant est fixée au quotidien ».
Combien de psychologues, de pédopsychiatres, de médecins, de travailleurs sociaux, de professionnels de crèches, d’écoles maternelles, primaires, secondaires s’adressent à l’un des parents, et établissent des certificats, en prenant parti,  au mépris de la coparentalité, sans prendre attache avec le second parent !
Combien d’établissements scolaires inscrivent ou désinscrivent un enfant sans l’autorisation des deux parents, créant souvent un conflit parental supplémentaire !

Certes, cela rend le travail de chacun des professionnels plus difficile, mais respecter  la coparentalité, c’est respecter l’enfant, c’est protéger l’enfant, c’est agir dans l’intérêt de l’enfant.

Quelques mots significatifs  d’un grand-père désespéré qui m’a écrit récemment s’agissant de son fils qui n’arrive plus à rencontrer sa fille de deux ans:
« Notre fils s’est fait raccrocher au nez par une femme médecin qui suit la petite, au motif qu’il ne devait pas se mêler des actes usuels et qu’il disposait du carnet de santé de l’enfant. Il voulait dialoguer avec le médecin, car il s’inquiétait de l’équilibre de sa fille et de son suivi médical. Il a été accueilli par une fin de non-recevoir ».

Autre question que me pose un père :
« Un père a-t-il le droit de demander des nouvelles  en téléphonant à la crèche où est inscrit  cet enfant quand la mère ne donne plus de nouvelles et qu’elle bafoue le droit de visite et d’hébergement du père.

Une mère a – -elle le droit d’inscrire l’enfant dans une crèche privée en y ajoutant une clause  d’interdiction de visite du père et d’interdiction de contact téléphonique ou écrit entre celle-ci et le père. Cela me semble pas légal ».

Pour que les parents respectent la coparentalité, encore faut-il que les professionnels la respectent.

L’autorité parentale, c’est deux parents, ce n’est pas seulement le parent chez lequel réside l’enfant.

Une réponse : la médiation familiale

Pour que les parents mettent en application ces trois normes fondamentales pour l’équilibre, la construction, la structuration de l’enfant, le législateur et le pouvoir réglementaire ont souhaité développer la médiation familiale.

La médiation familiale, avec des professionnels formés diplômés d’Etat,  a pour objectifs de :

  • Mettre en place une véritable coparentalité
  • Rétablir une réelle communication parentale et un apaisement dans l’intérêt de l’enfant.

Même si comme tout outil, la médiation familiale a ses limites et ne peut pas être utilisée dans toutes les situations, notamment les violences structurelles au sein d’un couple, elle a dans l’immense majorité des cas un impact majeur, en faisant prendre conscience aux parents que l’enfant :

  • Doit être protégé du conflit parental,
  • Doit pouvoir avoir accès à ses deux parents.

L’utilisation de la médiation familiale démontre que c’est :

  • Un excellent outil de prévention et de protection de l’enfant, et,
  • Un outil majeur pour dé conflictualiser les séparations et respecter la coparentalité.

Laissons la parole, à ce sujet, à un médié :

« Rétablir la communication, surtout dans les cas de couples avec enfants, est la meilleure des choses à faire pour envisager leur éducation et leur bien-être, et ainsi les amener à envisager un avenir serein et heureux pour leurs enfants ».

Conclusion

Avec les conséquences financières, la coparentalité et l’intérêt de l’enfant constituent le thème majeur de toutes les procédures de séparation.

Mais, souvent ces notions sont non respectées, bafouées, malmenées, violentées.

Quelques éléments d’information trop souvent oubliés :

  • 70 % des saisines des juges des enfants proviennent de procédures traités par les Juges aux affaires familiales,
  • 40 % des enfants ne voient plus ou presque plus le parent chez lequel ils ne résident pas,
  • 40 % des séparations concernent des enfants de moins de 5 ans,
  • 37 % des séparations sont conflictuelles,
  • Les cabinets de psychologues et de pédopsychiatres sont remplis d’enfants qui vivent une séparation parentale conflictuelle,
  • Les problématiques scolaires et psychologiques de nombre d’enfants tiennent au fait qu’ils n’ont pas accès à leurs deux parents et vivent difficilement le conflit de leurs parents,
  • Ne parlons pas de la délinquance, la presque totalité des délinquants n’ont pas connu la coparentalité dans leur enfance.

Certes, il y a le phénomène de résilience.

Mais la réalité est celle-ci, le non –  respect de la coparentalité ne permet  pas à l’enfant de se structurer, de se construire et  de grandir normalement.

A mon avis, le tort des juristes est de régler les questions de l’intérêt de l’enfant et de la coparentalité en technicien du droit, alors qu’il convient de les traiter en technicien du couple, de la famille, mais aussi en technicien de la psychologie de l’enfant et de la souffrance de l’enfant, mais aussi des parents, dans le cadre d’une séparation parentale.

Il est certain que la Justice du XXIème siècle en est souvent encore à épuiser les parents, mais aussi et surtout les enfants dans le conflit de la séparation.

La médiation familiale  qui permet aux parents de  dialoguer et de communiquer, représente pour de plus en plus d’enfants dont les parents sont en conflit, une belle espérance.

Un exemple : un couple en conflit, parents d’une fillette de 7 ans, a engagé un processus de médiation familiale. Le couple  revient en seconde séance, et la mère dit à la médiatrice familiale :

 « Notre fille a sauté de joie quand je lui ai dit qu’avec son père on se reparlait pour elle ».

De par mon expérience et mon vécu professionnels, je suis convaincu  que la coparentalité, protectrice de l’enfant,  n’est pas une fiction, mais elle doit devenir réalité si le législateur la promeut encore plus, et si la société s’en empare.

Il est regrettable que la loi APIE votée en première lecture à l’Assemblée Nationale  le 27 juin 2014 ait été enterrée. Elle contenait une disposition très porteuse du respect de la coparentalité, à savoir la double domiciliation de l’enfant à la suite de la séparation de ses parents, ceux-ci devant se partager le temps de résidence de l’enfant. 

En tout état de cause, notre rôle à tous est de protéger,  au quotidien, l’enfant, pas seulement avec des mots mais avec des actes. Et la médiation familiale, en lien avec tous les professionnels de l’enfance et de l’adolescence,  est un excellent outil pour y parvenir.

Certains soutiendront que ce rappel n’est qu’une petite goutte d’eau dans ce monde où l’enfant est souvent malmené.

Certains me diront même qu’il évoque « la légende du colibri » qui persiste à verser sa petite goutte d’eau.

Je rappelle ce conte amérindien raconté par Pierre Rahbi :

« Un jour dit la légende, il y eut un incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu.

Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit :

« Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec des gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ».

« Je le sais », répond le colibri, « mais je fais ma part ». 

Une petite goutte d’eau dans les séparations parentales et ne pas faire preuve de passivité face à ce problème de société.

Une  coparentalité efficiente repose sur une communication apaisée, et la médiation familiale permet d’améliorer cette communication, en travaillant ce qui fait conflit.

A force de le dire et de le redire sans se décourager, cette idée  finira bien par s’installer dans la société pour la protection de l’enfant.

Espérer contre toute espérance.

Le rêve est une seconde vie.

                                      Le 30 octobre 2018
                                      Marc Juston
                                      Magistrat honoraire – Formateur
                                      Membre du HCFEA (section Famille)

Retour sur un évènement fondateur : les États Généraux de la Médiation (15 juin 2018)

États Généraux de la Médiation le 15-06-2018 organisés à l'Assemblée Nationale par le collectif MEDIATION21

Gabrielle Planès, Bertrand Delcourt, co-présidents du comité d’organisation des Etats Généraux de la Médiation, le 15 juin 2018

15 juin 2018, salle Victor Hugo, à l’Assemblée Nationale : 300 personnes se sont rassemblées pour vivre ensemble ce que Lise Casaux-Labrunée[1] a qualifié, en sa synthèse de cette journée, de « moment important de l’histoire de la médiation ». Médiateurs de tous horizons et issus de diverses pratiques, prescripteurs, magistrats des juridictions judiciaires ou administratives, universitaires, représentants du monde politique ont, le temps d’une journée, échangé sur la base des quelques 1500 contributions en réponse aux questionnaires conçus par une centaine de volontaires, que MEDIATION 21 avait mis en ligne sur le site www.etatsgenerauxmediation.fr. A l’issue de ces échanges, l’assistance a été consultée sur des projets de recommandation ou de résolution que des groupes de travail avaient élaborés à partir de ces contributions. Restituer ici la richesse des interventions est une gageure, mais il nous est apparu que les expressions les plus marquantes, sur lesquelles un consensus pourrait se dessiner, concernent l’éthique et la déontologie, la formation et la professionnalisation du médiateur, et enfin les conditions de représentation et le statut du médiateur.

De façon très majoritaire (91,04 %) les participants se sont prononcés pour l’adhésion à un code de déontologie unique et commun à tous les médiateurs, code dont Louis Schweitzer[2] a souligné qu’il devrait être « donné à tous, facile à lire, précis et invocable par toute partie ». Myriam Bacqué[3] a proposé que ce code comporte une définition de la médiation commune à toutes les pratiques. Nous ajouterons que cette définition devrait être opérationnelle, c’est-à-dire plus pragmatique que juridique, rejoignant ainsi Jacques Faget[4] qui a appelé à éviter, en matière de médiation, le « juridicocentrisme », en considérant par exemple que l’agrément des médiateurs devrait être le fait d’une commission impartiale, et non pas d’un cénacle de magistrats. Cette définition de la médiation devrait être focalisée sur la restauration de la relation, tant il est vrai que son « but n’est pas de résoudre des conflits mais de créer une relation qui permette ensuite de travailler ensemble », ainsi que l’a prôné Eric Blanchot[5]. Olivier Bernard[6] nous a d’ailleurs invités, lors de ses diverses interventions au fil de la journée, à considérer le médiateur comme un modérateur, un interprète dont la fonction essentielle réside dans la relation puisqu’il est « celui qui entend et comprend », et comme un guide « qui montre la voie ». Cette tâche, l’écriture d’un code de déontologie unique, est aussi fédératrice qu’exaltante, même si Jean Pierre Hervé[7] s’est quant à lui interrogé sur le point de savoir si des règles communes pourraient régir tout à la fois la pratique de la médiation dite généraliste et celle de la médiation de la consommation qui répond à un objectif économique de fluidification du marché. Pour concourir à la réalisation de cet objectif, l’idée se fait jour de la constitution de deux entités distinctes. D’une part, un observatoire de la médiation, tel que celui dont la Cour d’appel de Paris avait ambitionné la création avant d’y renoncer, comme l’a rappelé Fabrice Vert[8], et qui pourrait notamment recenser et diffuser les bonnes pratiques. D’autre part, un comité d’éthique qui aurait pour fonction de promouvoir les valeurs de la médiation et de réfléchir, de façon continue, à l’enrichissement du code puisque, comme l’a énoncé Jacques Faget lors de son intervention, la déontologie est « la boîte à outils de l’éthique ».

Pour ce qui est de la formation à la médiation, une opinion majoritaire se dégage selon laquelle les textes actuels manquent de clarté et n’offrent pas une garantie de qualité. Trois axes de réflexion se sont dessinés. Le premier, proposé par Philippe Charrier[9], vise à distinguer plus précisément, dans la pléthore de formations à la médiation, celles dont la finalité est de sensibiliser ceux qui les suivent aux atouts de ce processus, qui contribuent, par une forme de pollinisation[10], au développement d’une culture de la médiation, de celles qui sont destinées à acquérir une posture de médiateur, sur la qualité desquelles la communauté des médiateurs devrait se montrer très exigeante. Il est significatif que la recommandation selon laquelle l’exercice de la médiation devrait être conditionné au suivi de séances d’analyse de pratique dans une mesure d’au moins 10 heures par an ait été plébiscitée (89,15 %), et qu’une très forte majorité des participants (60,38 %) se soit prononcée pour la reconnaissance, par une instance représentative de la majorité des organisations de médiateurs, de la formation de base et des formations continues. Le deuxième axe de réflexion engage à considérer les formes que pourrait prendre un mentorat ou un compagnonnage. Par exemple la possibilité qui devrait être offerte à chacun en fin de formation, et corrélativement l’obligation, de participer à une véritable médiation, étape avant laquelle nul ne pourrait solliciter l’octroi d’un agrément. Autre exemple, le développement de la co-médiation, à laquelle Béatrice Brenneur[11] et Jean Pierre Vogel Braun[12] se sont tous deux déclarés attachés, signe d’une évolution du regard des magistrats sur cette pratique. Le développement de la co-médiation, parce qu’il permettrait à des médiateurs nouvellement formés de s’éprouver, et qu’il susciterait la confiance des prescripteurs en leurs capacités, serait de nature à instituer une certaine équité dans l’accès à la pratique, équité que nous avons appelée de nos vœux. Le troisième axe de réflexion réside dans le propos essentiel de Jacqueline Morineau[13] selon lequel, parce que la médiation est un chemin de vie, la formation du médiateur est une formation qui dure tout au long de la vie. Il convient de penser ce parcours en ayant à l’esprit que la médiation est, comme la communication, un « métier de la conversation », ainsi que l’a défini Benoît Desveaux[14], et que si le savoir-faire d’un médiateur se nourrit des techniques de communication, il est, a souligné Fabrice Vert, peu d’outils permettant de juger de cette aptitude.

Comme l’a rappelé Claude Amar[15] la médiation souffre d’un manque de notoriété. A ce manque de notoriété correspond un déficit de représentation. L’hypothèse de la création d’un ordre professionnel des médiateurs a été majoritairement rejetée (66,51 %), la rigidité de ce modèle présentant des inconvénients alors que, comme Eric Blanchot l’a exprimé, on gagne parfois, pour conserver sa liberté, à demeurer dans le flou. En contrepoint, Jean Pierre Hervé a rappelé que cette liberté doit s’exercer dans un cadre, ce dont tout médiateur est aisément convaincu. Quant à ce cadre, Philippe Charrier a vanté la nécessité d’une instance de représentation visible tant des médiateurs que du public, et exempte de toute influence de quelque lobby que ce soit. Cette instance de représentation pourrait être un Conseil national de la médiation, émanation de la communauté des médiateurs, dont les missions seraient multiples. Etre l’interlocuteur des pouvoirs publics, puisqu’une large majorité des participants (65,57 %) s’est prononcée pour qu’une structure représentative des médiateurs soit désormais associée à toutes les décisions relatives à l’évolution et au développement de la médiation. Etre une force de proposition et d’influence mobilisable par toute personne désirant œuvrer au développement de la pratique de la médiation. A titre d’exemple, Laurent des Brest[16], s’exprimant au nom du Groupement des sociétés de protection juridique, a imaginé qu’une telle structure puisse aider les assureurs à convaincre leurs assurés de s’engager dans cette voie amiable alors qu’ils y rechignent encore à ce jour, estimant qu’au regard des primes acquittées à leur profit, il incombe à leurs assureurs de « régler leur litige par le combat, et non par le débat ». D’autres missions sont encore à inventer.

En dressant le constat selon lequel « nous vivons dans des sociétés qui subissent la tyrannie de l’immédiat », Frédéric Petit[17], qui a contribué de façon déterminante à la réussite de ces Etats Généraux par son implication de la première heure, nous a assigné un objectif ambitieux : enrayer l’essor de cette tyrannie. Dans nos propos ouvrant ces Etats Généraux de la Médiation, nous exprimions notre volonté de contribuer à une banalisation de la médiation ; de faire en sorte que le recours à ce mode amiable devienne quelque chose de spontané, qu’il soit plus naturel, pour ceux qu’un désaccord oppose, de s’asseoir autour d’une table avec un médiateur que de saisir le Juge. Pour parvenir à cette fin, Lise Casaux Labrunée nous a, dans la synthèse à laquelle elle a procédé, proposé deux mots clés : « culture et confiance ». Les réflexions que les Etats Généraux de la Médiation nous ont permis d’engager sont de nature à ensemencer cette culture et cette confiance. Le livre blanc dont la publication sera la suite logique de cette journée en fera témoignage. Et déjà MEDIATION 21 s’engage dans de nouvelles actions aux fins d’accroître cette confiance et de populariser cette culture.

Gabrielle Planès, Bertrand Delcourt, co-présidents du comité d’organisation des Etats Généraux de la Médiation

[1] Professeur à l’Université de Toulouse Capitole, auteur de « Pour un droit du règlement amiable des différends » (LGDJ mai 2018)
[2] Anciennement Président de Renault et de la HALDE
[3] Médiateur, gérante de la Maison de la Communication
[4] Directeur de recherches au CNRS (Centre Emile Durkheim), médiateur.
[5] Directeur général de Promédiation
[6] Universitaire, consultant en techniques d’expression
[7] Médiateur du Groupe ENGIE, médiateur de la consommation
[8] Premier Vice-Président du Tribunal de grande instance de Créteil
[9] Chercheur associé au Centre Max Weber (CNRS – Université de Lyon)
[10] Pour reprendre le beau sujet traité lors d’une table ronde organisée lors des 8èmes Assises internationales de la médiation judiciaire du GEMME à Bordeaux, dont le thème était « développer une culture de la médiation »
[11] Présidente du GEMME (Groupement Européen des Magistrats pour la Médiation), anciennement médiatrice du Conseil de l’Europe
[12] Magistrat référent pour la médiation au Tribunal administratif de Strasbourg
[13] Fondatrice du CMFM, médiatrice, auteur de « L’esprit de médiation » (Eres – 1998) et « La médiation humaniste » (Eres – 2016)
[14] Conseil en communication, membre du directoire et Directeur général de Hopscotch Groupe
[15] Médiateur, Président de l’Académie de la médiation
[16] Président du GSPJ (Groupement des Sociétés de Protection Juridique)
[17] Député des français établis en Allemagne, en Europe centrale et aux Balkans

Intermédiés N°3 – Analyse et commentaires de Jean-Pierre Bonafé-Schmitt

Retrouvez l’analyse et les commentaires de Jean-Pierre Bonafé-Schmitt, chercheur au sein du Groupe d’Étude Médiation, qui conclut :
« un numéro à lire et à diffuser car ce type de revue est une denrée assez rare dans le paysage français de la médiation ».

Revue Inter-médiés numéro 3

« Après la médiation scolaire, la médiation en entreprise, le dossier du numéro 3 d’intermédiés est consacré à la question des relations de la justice avec les modes amiables. Il est vrai que la médiation ne constitue qu’une partie des modes amiables et qu’il existe, comme le rappelle le sommaire, la conciliation, l’arbitrage et les nouvelles procédures collaboratives. Mais au sein de ce monde des « modes amiables », on ne peut pas dire que ce soit « la grande attente cordiale », car il existe une véritable « guerre de frontières » entre la conciliation et la médiation comme en témoigne l’entretien avec Michèle Guillaume-Hofnung qui déclare, « On condamne la médiation à court terme en ne la distinguant pas de la conciliation » (p.21). Il est vrai que le contrôle de ces modes amiables fait l’objet d’un enjeu entre les différents acteurs de la gestion des conflits, que ce soient les magistrats, les avocats ou les médiateurs.

Ce débat n’est pas nouveau, comme le souligne, l’excellent article sur l’histoire de la médiation de J-E Grésy, F. Duret-Salzer et C. Kuri, qui rappellent que dans le passé, il y avait des moyenneurs, des apaiseurs, des réconciliateurs…        Lire la suite

Les Etats Généraux de la Médiation – 15 Juin 2018

Les Etats Généraux de la Médiation à l’Assemblée Nationale
15 Juin 2018

Comme si vous y étiez … !

La médiation est une culture, un état d’esprit nouveau et bien au-delà un projet de société à développer pour remettre l’humain au cœur de la résolution des conflits.

Promouvoir les modes amiables de résolution des différends, rassembler les différentes associations de médiateurs (1)  pour que unies et représentées par une instance fédératrice, elles aident le législateur à donner à la médiation toute sa place dans les lois de modernisation de la justice du 21e siècle.
La France est une société dans laquelle prévaut la culture de conflit. Que la médiation devienne un réflexe naturel au lieu et place du contentieux où les parties s’en remettent au juge pour « trancher des litiges ».
Ces états généraux de la médiation, présidés par Gabrielle PLANES et Bertrand DELCOURT, en présence de grands témoins de renom et des députés Frédéric PETIT et Philippe LATOMBE, ont donné lieu à une consultation d’un ensemble de professionnels de la médiation et d’acteurs de la Justice. Ils seront conclus par la rédaction d’un livre blanc qui, signé par le collectif « Médiation 21 », sera remis au service de la justice et du législateur.

Cette chronique d’INTER-médiés donne un résumé de cette journée comme si y étiez … !
Chaque intervention des grands témoins qui portait sur un thème précis était suivie :
– De la synthèse des réponses aux questionnaires soumis à un large public avant ces états généraux,
– De débats avec l’assistance,
– De propositions de solutions ou d’actions concrètes pour recueillir l’avis de l’assemblée.

1-  Louis SCHWEITZER (ancien Président de Renault, de la HALDE, Président d’Initiative France) et Jacques FAGET (Directeur de recherche au CNRS, médiateur) abordent l’éthique et la déontologie de la médiation.
La déontologie rassemble un corps de règles ; l’éthique nous amène à réfléchir sur ces règles pour les éclairer et aller même au-delà de celles-ci. La déontologie n’a de sens que vis-à-vis des valeurs auxquelles le médiateur doit adhérer (humilité, loyauté, liberté, neutralité, responsabilité … ).  L’éthique contient une dimension morale individuelle mais ne saurait être limitée à cette seule dimension. Il est nécessaire d’élargir son champ et de penser valeurs, croyances, vision du monde. Vision humaniste de résolution des différends où les individus sont maîtres de leur destin. Vision politique de la médiation qui met en acte le principe d’une disposition participative.
Questions ouvertes : Etablir la communication entre les médiateurs ; lever la confusion sémantique quand tout le monde se dit médiateur ; avoir une définition commune de la médiation ; développer un code de déontologie commun ; créer une représentation unifiée des médiateurs vis-à-vis de l’état : développer une procédure d’agrément ? créer un ordre des médiateurs ou toute autre forme fédératrice face aux autres institutions ? Mettre en place un comité d’éthique ?

2-  Jacqueline MORINEAU (fondatrice du CMFM, formatrice à la pratique de la médiation interpersonnelle humaniste) nous donne sa vision de la médiation.
La société est aujourd’hui en mutation. La violence, l’individualisme se développent. Nous avons besoin de chercher l’harmonie et la solidarité. La médiation ouvre un autre horizon, une capacité d’espérance et de bonheur. Osons entendre le cri de la souffrance. Donnons la parole aux personnes en conflit. Changeons notre vision du monde en crise, du sens de la vie. La médiation, à travers le fond du conflit nous permet de renaître !

Philippe Charrier (chercheur associé au centre Max WEBER – CNRS université de Lyon, responsable pédagogique Master et DU de médiation Lyon 2) aborde la thématique de la formation.
Les textes actuels ne précisent pas clairement la formation exigée pour être médiateur. Il y a une réelle ambiguïté. Un bon juriste est-il un bon médiateur ? Toute personne d’expérience pourrait-elle se substituer à un médiateur ?
Les recommandations à proposer devront définir :
Le contenu d’une véritable formation professionnalisante. Quelles disciplines ? combien d’heures requises pour une formation générale et pour certaines spécialités. Agrément des centres de formation ? Reconnaissance du diplôme ? Formation continue nécessaire pour pouvoir poursuivre l’exercice de la profession, sous quelle forme ? …
Outre la formation des médiateurs, il faudrait former les juristes à la prescription de la médiation tant dans le monde judiciaire qu’en entreprise. Former à la culture de la médiation dans les écoles du plus jeune âge aux établissements de l’enseignement supérieur. Former les acteurs du monde judiciaire à orienter les médiés vers le mode amiable de résolution des différends. Communiquer, communiquer …

3-  Jean-Pierre HERVE (Médiateur du groupe ENGIE, médiateur de la consommation) et Fabrice VERT (Premier Vice-Président du tribunal de grande instance de Créteil) abordent le thème de la spécialisation et des modalités qui doivent s’y rattacher.
Quelques sujets de réflexion :
Peut-on imaginer une résolution de conflit uniquement par le biais de sites web?
Alors que la médiation ne se met en place que très progressivement et n’est pas entrée dans les mœurs, peut-on imaginer que le tout numérique résoudra les problèmes avec satisfaction pour les intéressés ? Les médiateurs du groupe ENGIE appellent systématiquement les plaignants pour avoir un contact direct, pour comprendre quel est le ressenti des personnes, le fond du problème et ne se contentent pas que de l’analyse des pièces transmises.
Une médiation basée sur les rapports humains peut-elle se passer de tout dialogue direct ?

Comment choisir un médiateur par rapport à une liste si le magistrat ne connait, ni son niveau de formation, ni son expérience et compétences face à une problématique posée ?
Un médiateur généraliste peut-être un excellent candidat quant au contraire, dans d’autres litiges,  il faudra avoir une expérience métier, une spécialisation. Les listes actuelles en cours d’élaboration n’apportent pas de réponse claire.
La conséquence pourrait être la non sélection de médiateurs par rapport à des critères de choix précis, mais comme bien souvent par rapport à la renommée de tel ou tel …
Il faut clarifier les choses et lever les ambigüités. Il faut une politique de Cour, une volonté de juridiction une impulsion d’en haut.

4- Les interventions de Laurent DES BREST (Président du GSPJ) et d’ERIC BLANCHOT (Directeur général de Pro-Médiation) seront suivies de discussions autour du statut du médiateur.
Sont abordés la certification, l’agrément, la formation initiale, la formation continue, l’harmonisation des compétences pour les médiateurs actuels qui n’auraient pas le niveau de formation requis, les exercices de pratique pour se maintenir à niveau …
Il faut que les médiateurs accroissent leur crédibilité, soient reconnus pour leurs compétences et savoir-faire.
Il s’agit de donner au médiateur une reconnaissance institutionnelle, une représentativité unifiée.
Pour autant, les médiateurs en perdraient-ils leur indépendance comme certains l’ont souligné ?

5- Benoît DESVEAUX (Conseil en communication, membre du Directoire et Directeur Général de HOPSCOTH Groupe) et Claude AMAR (Médiateur, IFCM, Président de l’académie de la médiation) nous présentent les bases d’un plan de communication à développer.
A titre d’exemple questions à se poser :
Quels sont les représentants de la campagne et qui doit porter le message ?
Quels sont les enjeux et les objectifs ?
Quels sont les messages à transmettre ?
Quels sont les vecteurs de la communication ?
Quels sont les publics visés ?
Quels modes de financement ?
Session interactive avec les participants qui faisaient en direct leurs propositions.

6- Jean-Pierre VOGEL-BRAUN (Président de la Chambre de l’urbanisme au Tribunal Administratif de Strasbourg) et Béatrice BLOHORN BRENNEUR (précédemment Médiatrice du Conseil de l’Europe, Présidente du GEMME) débattent ensuite des modalités de désignation du médiateur.
Il est rappelé que tout repose sur la qualité et la crédibilité du médiateur. Quand on veut démontrer la pertinence de la médiation face à un litige, il n’est pas envisageable de désigner un médiateur qui n’aurait pas les qualités, la crédibilité et les compétences requises.
Les médiateurs doivent tous avoir un même niveau de formation. Une certification s’impose ainsi qu’une instance de contrôle de cette certification.
Les associations de médiateurs ont un rôle clé à jouer. Elles ne devraient prendre que des médiateurs correspondants aux critères requis ou les former pour atteindre le niveau demandé et assurer leur formation continue.
Un médiateur non rattaché à une association ne sera pas crédible.
Pour atteindre ce niveau de crédibilité et l’expérience en médiation nécessaire, l’assistance demande que les juges favorisent la co-médiation.

7- Lise CASAUX-LABRUNÉE (Professeur à l’université Toulouse Capitole, Directrice du master 2 droit du travail et emploi, Directrice du DU contentieux du travail ) et Frédéric PETIT (Député des français établis en Allemagne, en Europe centrale et aux Balkans ) clôturent les échanges et les débats avec l’assistance de cette journée.

Ces Etats Généraux de la Médiation sont un moment fédérateur important de l’histoire des médiateurs et montrent votre capacité à vous mobiliser ensemble. Il en va de votre représentativité et de votre crédibilité si vous voulez peser auprès des pouvoirs publics.
Nous devons apporter notre réflexion et nos propositions en regard du projet de loi de programmation 2018 – 2022 et de réforme pour la justice. Le droit n’est pas la seule solution pour régler les conflits.
Que l’on regarde ce qui se passe au niveau international. Appliquons ce qui « marche » ailleurs !

Soyons pragmatiques, n’opposons pas les Modes Amiables de Règlement des Différents les uns par rapport aux autres. A chaque problème sa solution et son mode de résolution.
Il faut être intransigeant sur la qualité, les compétences et le savoir-faire des intervenants.

La rédaction du livre blanc qui sera proposé par le collectif « Médiation 21 » est fondamentale pour faire connaître et valoriser nos atouts.

Deux mots clés : Culture et confiance.
Faire de la médiation un mode naturel et évident de règlement amiable des différends.
Donner confiance aux prescripteurs et aux justiciables.
Il faudra créer une forme fédératrice des médiateurs : un Ordre ? un Conseil National de la Médiation ? ou toute autre forme représentative …

Les défis qu’il faut relever pour développer une justice de qualité et auxquels nous devons contribuer par le biais de ces états généraux sont l’obtention :

– D’un vrai plan sur la justice amiable dans son ensemble
– D’un droit du règlement amiable des différends.

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Le mot de la fin sera laissé à Olivier Bernard (universitaire, enseignant en sémantique, techniques d’expression, communication et management) qui nous a ravi par ses jeux de mots entre chaque intervention :

« Que le D de solidaire l’emporte sur le T de solitaire ! »

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Ces états généraux de la médiation ont été tenus avec beaucoup de professionnalisme et ont été d’une grande qualité. Ils ont été perçus par les participants comme un évènement fondateur pour donner toute sa place à la médiation dans la justice du 21e siècle.
Merci à l’équipe organisatrice et aux intervenants !

                                                      Jean-Pierre NARBONNE

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(1)  Associations de médiateurs participantes :
AME, ANM, APMF, CEMIC, Centre de médiation des Notaires de Paris, CIMAE, CMFM, CMIM, CNPM, FFCM, GEMME, GSPJ, IFCM, Maison de la communication, Médiation 21, Planet Mediation, Promediation, RME, SYME.

Gary Friedman un pionnier de la médiation

(Intermédiés N°3)

Gary Friedman, un pionnier de la médiation outre-Atlantique.

De passage à Paris, Gary Friedman nous a accordé une interview exclusive pour parler de son dernier livre « En soi, vers l’autre » paru chez Médias & Médiations, mais aussi de méditation et de son engagement pour les autres à travers les formations qu’il dispense partout dans le monde.

Inter∞médiés : avocat destiné au barreau, comment votre histoire avec la médiation a-t-elle débuté ?

Gary Friedman : j’étais effectivement avocat à la Cour sur la côte Est des États-Unis, dans le Connecticut, avec mon père et mon oncle, et c’était un travail très excitant. Cependant, au bout de cinq ans de pratique, j’ai senti que je n’aidais pas les gens comme je le voulais. Nous étions dans un système disant qui avait raison, qui avait tort, et une décision était finalement prise. À mon sens, cela ne répondait pas à la véritable situation des gens. Certaines affaires pour lesquelles j’intervenais en tant qu’avocat me laissaient au final un goût amer. Quand je devais contre-interroger quelqu’un à la Cour par exemple, j’avais un pouvoir immense. Personnellement, tout cela commençait à me peser énormément. Comme si je voyais le monde se dessiner à travers ce cadre du vrai et du faux, du plaidoyer où l’on est unilatéralement d’un côté ou d’un autre… Ce n’était pas bon pour moi. J’ai vendu ma maison, je suis monté dans ma voiture avec mon chien et j’ai roulé de la côte Est à la côte Ouest. Je voulais en finir avec la loi et ce genre de vie.

Vous avez décidé de tout recommencer ?

Je ne savais pas ce que j’allais faire, c’était très excitant et effrayant à la fois. Sur la côte Ouest, je me suis lancé à corps perdu dans tout ce qu’il s’y passait. On était dans les années 1970, beaucoup d’expériences étaient menées dans de nombreux domaines, en psychologie, connaissance de soi et travail personnel. C’était très puissant. Je me sentais toujours lié à la loi, mais une partie de cette étude en profondeur m’a permis de réaliser que peut-être le problème ne venait pas de moi, mais de la façon dont la loi était pratiquée. Il devait y avoir une autre façon de procéder, plus aidante. C’est à ce moment que j’ai rencontré Jack Himmelstein (1) et que nous avons commencé à travailler ensemble. La première chose que nous avons entreprise a été de changer l’éducation légale, avec l’aide financière de l’Institut national de la santé. Nous avons organisé des programmes d’été, ils ont eu beaucoup de succès et, quelques années plus tard, nos financeurs sont revenus pour nous demander plus. Nous avons alors décidé de tenter l’expérience dans mon cabinet d’avocats. J’avais une réputation d’avocat bizarre (rires), mais j’étais à fond dans cette expérimentation d’une autre façon d’intervenir dans les conflits. C’est comme ça que tout a débuté.

Est-ce que vous parliez déjà de médiation à l’époque ?

Non ! Je n’avais encore même jamais prononcé le mot. Personne ne l’utilisait, pensant que c’était juste le fait de se tenir au milieu. Un des premiers couples à venir me consulter pour un divorce m’avait demandé de l’aider et, ne sachant pas comment procéder, j’ai décidé d’être l’avocat de l’un pendant que l’autre serait son propre avocat. La dame m’a alors dit : “Je pensais que vous étiez vraiment différent des autres, pourquoi ne pas nous aider tous les deux à traverser cette épreuve ?” C’est là que j’ai tenté pour la première fois d’être au milieu. Finalement, nous avons trouvé la façon de procéder, nous tenions quelque chose. Très rapidement, beaucoup de gens sont venus me voir, n’aimant pas ce pouvoir que les avocats avaient sur eux. Ils voulaient être plus libres et plus responsables. Pouvoir prendre leurs propres décisions. Néanmoins, ils avaient besoin d’être guidés.

On a l’impression que c’est un peu magique, mais ça a dû être dur pour vous ?

Oui, c’était dur, c’était même très dur et c’était difficile pour les médiés également. Je ne savais pas comment faire, mais je n’étais pas seul, j’étais en contact avec tous ces professeurs de droit avec qui j’échangeais constamment. Mon partenaire originel, Jack Himmelstein (1), et moi avions créé notre propre modèle de médiation. Lui était excellent dans les pensées abstraites. Quand je faisais une médiation, je l’appelais et je lui expliquais comment j’avais procédé, il me répondait alors par une théorie qui correspondait à ce que je venais de faire. Pour tout vous dire, la théorie est issue de l’expérience (rires), et c’est ce que nous avons fait pendant plus de 40 ans ! Au départ, les avocats étaient contre cette technique, mais commençaient à en parler à leurs clients, leur disant que la médiation était une très bonne idée mais qu’elle n’était pas adaptée pour eux. Ensuite, c’est la Cour qui s’est intéressée à la technique en rendant obligatoire la médiation dans les cas de problèmes de garde d’enfants. La médiation a donc évolué et grandi en s’adaptant et suivant des chemins variés.

Vous avez justement votre propre façon de procéder…

Le plus courant aux états-Unis est le caucus (les médiations en navette). Personnellement, je n’ai jamais pensé que les médiés devraient être dans des pièces séparées. Si nous leur donnons le pouvoir de prendre la décision finale eux-mêmes, pourquoi les séparer ? Quand des avocats médiateurs ont commencé à pratiquer, ils ont aimé cette idée parce qu’elle leur était familière. La méthode des pièces séparées continue dans les cas de conflits commerciaux aux États-Unis. Mais pour moi, ça n’a aucun sens : tout d’abord, ça offre au médiateur un pouvoir immense et surtout, ça empêche les deux parties de trouver un moyen de se sortir du conflit ensemble. À mon sens, c’est plus de l’arbitrage parce que ça laisse à un troisième intervenant beaucoup de pouvoir, spécialement quand, en plus de rencontrer ses clients dans des pièces séparées, le médiateur garde secret ce que l’un lui a dit sans en faire part à l’autre. Je me suis toujours demandé ce qu’on doit faire avec ça… Ça donne au médiateur beaucoup de possibilités de manipulation alors que le plus grand pouvoir de la médiation, c’est celui de la compréhension. Cela dit, l’approche de style caucus fonctionne dans bien des cas. Mais à l’évidence, elle ne permet pas aux médiés de s’approprier l’accord. Mon but à moi, c’est que si je peux vraiment les aider à se parler d’une façon différente et efficace, ils n’auront plus besoin de moi dans le futur.

La compréhension est la clé d’une médiation réussie ?

Pour moi, il y a trois points importants. En premier lieu, si vous voulez trouver un accord avec quelqu’un, vous devez comprendre cette personne, l’accord doit lui convenir aussi bien qu’il vous convient à vous.

Deuxième point – et les gens ne raisonnent pas souvent ainsi – c’est qu’il faut se comprendre soi-même. Qu’est-ce qui est important dans un conflit ? La plupart des gens n’y songent pas, ils sont juste en réaction contre l’autre et n’ont donc pas vraiment réfléchi à ce qui comptait vraiment à leurs yeux et à ce que ce conflit représentait réellement dans leur vie.

Trouver une solution qui satisfasse les deux parties et qui prenne en considération chacune d’entre elles, c’est-à-dire, au-delà de la recherche de compromis, trouver une solution bénéfique pour chacun en comprenant réellement ce qui est important pour les deux, c’est pour moi l’espoir de la médiation et c’est ce qui est difficile à atteindre.

Quels peuvent être les obstacles pour recourir à la médiation ?

Il peut y avoir plein de freins mais, selon moi, le principal obstacle est quand les personnes ne sont pas motivées pour suivre ce chemin vers l’entente et la compréhension. On ne peut pas les obliger, la coercition est tout à fait contraire à notre approche en médiation. Il faut être réaliste et admettre que la médiation ne peut pas correspondre à tout le monde.

Il ne faut pas diviser le monde entre les bons qui ont recours à la médiation et les mauvais qui vont en jugement. En médiation, il y a une opportunité formidable de comprendre ce qu’il s’est passé dans le conflit qui nous oppose à l’autre, d’être compris aussi et d’avoir un réel échange avec l’autre. Mais le vrai danger serait d’arriver à un accord qu’on regretterait plus tard, de sacrifier la justice au prix de la paix et de l’harmonie. Être en désaccord, s’opposer l’un à l’autre est essentiel et tout aussi important que d’arriver à un accord. Ça demande beaucoup de courage et d’implication personnelle. Ce n’est pas fait pour tout le monde.

Un des sujets de votre dernier livre est la gestion des émotions dans l’espace de médiation. Dites-nous tout !

Il est important qu’un médiateur puisse accéder à lui-même pour voir ce qu’il se passe en lui au cours de la médiation. Souvent, les médiateurs ressentent plus ou moins d’affinités ou sont irrités par une personne et repoussent toutes ces émotions par souci de neutralité : je ne peux pas être d’un côté ou de l’autre. Le problème, c’est qu’en face, les gens le sentent. C’est la thèse de mon dernier livre : en tant que médiateur, au lieu de m’éloigner de mes propres émotions, je pourrais me diriger vers elles. Pourquoi ? Quand je fais ce travail sur moi-même, je le fais pour mieux aider les deux parties.

Nous utilisons notre mauvaise impression en l’identifiant et en l’examinant. Une fois que nous avons compris ce que cela a touché en nous et grâce à cette introspection, nous pouvons la mettre de côté pour nous intéresser aux médiés. Ce chemin que nous faisons pour aller au plus profond de nous-mêmes pourra nous guider vers eux et nous permettre d’être dans une posture de plus grande ouverture. Les parties le ressentent et cela adoucit leurs propres sentiments, leur permettant ainsi de se connecter l’une à l’autre.

Ce n’est pas le modèle de médiation le plus populaire parce que, si c’est difficile pour le médiateur qui travaille dur, ça l’est également pour les parties et leur éventuel conseil qui ne peut pas intervenir dans le processus : il doit être dans une pièce où des choses difficiles se passent sans avoir le contrôle de la situation.

Concrètement, comment cela est-il réalisable ?
Avez-vous une recette ?

Ah… Bonne question ! C’est un processus qui prend du temps. C’est un entraînement et je ne parle pas simplement d’assister à quelque 30 ou 40 heures de stage et de dire à la fin : “Ah oui, je l’ai fait !”

Un jour où je me trouvais avec Norman Fischer (2) dans un centre bouddhiste, je lui ai fait part de mon immense frustration. Je n’arrivais pas à enseigner aux apprentis médiateurs comment se comprendre soi-même au cœur du conflit. Il m’a répondu que j’avais moi-même trouvé mes réponses en pratiquant la méditation depuis des années et il m’a proposé d’élaborer ensemble un programme intégrant la méditation.

Nous voyons tous ces boutons qui sont enclenchés en nous… Peut-être qu’au début, nous ne saurons pas quoi en faire. Avec le temps, ce concept nous deviendra plus familier : “Ah tiens, voilà ma vieille amie la peur !” Et face à quelqu’un d’agressif, on se dira : “Bien sûr, je sais de quoi il retourne, cette personne m’évoque mon père…” Le temps de réaction entre le moment où je suis troublé et le moment où je peux utiliser ce trouble pour le rendre utile et pour avancer est raccourci. C’est pourquoi nous avons développé ce programme, et nous nous rendons dans le monde entier pour l’enseigner. Norman a mis au point en parallèle le programme de méditation Everyday zen qui aide beaucoup de gens à trouver la paix intérieure dont on a tous besoin pour affronter les conflits.

Nous ouvrons une porte et ce que nous trouvons derrière devient une part intégrante de notre vie et de nos réactions au quotidien. Médiation et méditation, au-delà de la typologie, sont imbriquées, unies par un lien très étroit.

Vous parlez beaucoup de laisser la place aux émotions, qu’en est-il de la neutralité, a-t-elle sa place en médiation ?

Je ne crois absolument pas à l’objectivité. Ce n’est pas possible en tant qu’être humain d’être neutre et objectif, surtout pas en médiation. Je suis subjectif quoi qu’il arrive ! Souvent, on entend par neutralité le fait de garder ses distances, surtout ne pas s’impliquer. Mais quand vous gardez vos distances, ça ne peut pas fonctionner avec vos interlocuteurs. Il ne se passe rien. Moi, je lui donne le nom de neutralité positive, c’est quand je m’engage à être là pour les médiés et aussi proche que possible de l’un que de l’autre, je reste alors en connexion. Je fais de mon mieux et je le fais savoir pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté.

S’il fallait choisir une qualité essentielle du médiateur, laquelle choisiriez-vous ?

Le courage ! Être prêt à affronter les êtres humains sans avoir peur du conflit. Et j’en ajouterais une, pour moi évidente : la motivation. Un jour, on m’a posé cette question : “Mais pourquoi diable faites-vous cela ? Vous n’avez pas assez de problèmes dans votre vie pour vouloir vous occuper de ceux des autres ? Ce sera ça, votre vie professionnelle ?” Et ma réponse a été très profonde, car on ne peut se limiter au superficiel. Ceux d’entre nous qui sont concernés par ce travail savent qu’il y a des raisons lointaines et profondes, souvent dans notre propre histoire familiale, qui font qu’on essaie d’arranger les choses. C’est la légende du soigneur blessé : aider ceux qui souffrent du même genre de blessures guérira les nôtres. 

Qu’est-ce qui vous permet de rester motivé ?

Quand les gens viennent me voir envahis de tristesse, parfois de désespoir et de colère et qu’ils sont prêts à m’ouvrir leur part intime et leur vie d’une façon sincère, cela me touche. Je le prends comme une chance inouïe de travailler avec eux et de les aider à traverser les épreuves d’une manière concrète. Quand j’entre dans une salle de médiation et que les gens m’attendent, je réalise combien tout cela est spécial. C’est presque hors du temps (de ma vie quotidienne). C’est un privilège que les autres me font en demandant mon aide, et je me dois de donner le meilleur de moi-même. C’est ce qui, pour moi, maintient l’envie de médiation.

Propos recueillis par Joëlle Dunoyer
Traduction : Catherine Ferrant

Un grand merci à Adeline Guilhen de Mediation Studio qui a tout mis en œuvre pour que cette rencontre se fasse dans les meilleures conditions.

(1) Jack Himmelstein est professeur de droit et avocat, co-fondateur du modèle de médiation basé sur la compréhension.
(2) Norman Fischer est moine bouddhiste, professeur de philosophie Zen. www.
everydayzen.org

Quand l’administration rencontre la médiation

Les centres de gestion de la fonction publique territoriale, partenaires des collectivités locales, s’ouvrent à la médiation. En avant-première, les regards croisés d’Anne Joubert et d’Hervé Chavas scrutent l’horizon de la justice du XXIème siècle …

(Inter-médiés N°3)

Trente-neuf centres de gestion de la fonction publique territoriale se sont portés volontaires pour expérimenter, à compter de 2018, la médiation préalable obligatoire telle que prévue par la loi de modernisation de la justice du XXIe siècle.

Ces centres pourront servir d’intermédiaire entre l’agent et son administration, afin d’éviter les contentieux et de trouver une solution en cas de litiges concernant la rémunération, les détachements, la formation ou encore l’adaptation des postes de travail. Un décret d’application précisant les modalités concrètes de mise en œuvre vient de voir le jour (2).

Inter∞médiés : quel constat vous a conduit à considérer que la médiation avait toute sa place au sein de l’administration ?
H.C.:
les grandes administrations sont toutes confrontées aux mêmes phénomènes. Une explosion des tensions dans les relations de travail, des managers dans l’incapacité de les apaiser – quand ils n’en sont pas à l’origine –, ou qui les attisent eux-mêmes. Les situations sont souvent connues, ça dure depuis des mois ou des années, nombre de rapports ont été écrits, les personnes sont coachées, rien n’y fait. Au-delà, c’est l’impossible dialogue entre les porteurs des grandes transformations du service public et les personnels qui les mettent en œuvre, les vivent au quotidien, les subissent sans avoir le droit à la parole ou être seulement entendus. Sans langage commun, sans même de temps ou d’espaces de partage, le choc est inévitable.

A.J. : effectivement, toutes les enquêtes du type baromètre social montrent un malaise, un mal-être dans la fonction publique. Manque d’effectifs, charge de travail, dysfonctionnements dans l’organisation, perte de sens dans les missions de service public, réformes successives incomprises, manque de communication, urgences du quotidien sans opportunité de se poser pour réfléchir : les relations conflictuelles s’inscrivent toujours dans un contexte difficile. Lorsque le collectif se porte mal, les conflits surgissent et le dégradent, comme dans un cercle vicieux.

Quelles réticences, mais aussi quelles satisfactions avez-vous éprouvées en expérimentant la médiation au sein du ministère des Solidarités ?

A.J. : Il a d’abord fallu convaincre certaines directions d’administration centrale, des organisations syndicales parfois réticentes et surtout faire connaître ma mission. En m’appuyant sur des relais comme les conseillers de prévention, médecins, assistantes sociales et services de ressources humaines, tous ont très vite compris la complémentarité que leur apportait la médiation comme outil de prévention et d’apaisement favorisant la qualité de vie au travail et la santé des agents. Aujourd’hui les demandes de médiations proviennent pour 60% de la hiérarchie (rares sont celles qui passent par la DRH à Paris), mais aussi directement des agents ou des syndicats. La phase d’expérimentation est maintenant derrière nous et ma mission a été pérennisée mais il faudra à terme plusieurs médiateurs. Je suis satisfaite aussi de voir d’autres ministères expérimenter la médiation au sein de leurs services.

Avez-vous une approche spécifique de la médiation qui tienne compte des usages et du mode de fonctionnement particulier des relations au sein de l’administration ?

H.C. : je suis un tiers réflexif. Je ne me substitue pas à mes interlocuteurs. Je me place à leur côté. Je cherche à apprécier avec eux la responsabilité qui leur incombe dans les situations conflictuelles qu’ils vivent et celle qu’ils pourraient endosser pour les dépasser. Sans débauche de moyens, discrètement, généralement seul, je me mets à la disposition des personnes, des individus, des groupes, des collectifs.

Je veille à accorder tout mon temps aux médiés, car j’ai la conviction que le monde professionnel est non seulement saturé de technologies, mais aussi d’injonctions managériales qui captent l’attention. Au point que tenir une conversation approfondie, s’emparer d’un problème complexe, pousser un raisonnement devient chose difficile, voire impossible.

Proposer un temps d’échange, détaché de tout objectif de production ou de réalisation, à des individus ou des groupes en confrontation pour tisser un récit, a un effet proprement sidérant. Je me rends compte que cela ne leur a jamais été proposé ou suggéré. Je suis le premier à le leur offrir. La lenteur, le silence, le regard, la parole, l’écoute, l’imagination créatrice sont pour moi de puissants facteurs de médiation.

A.J. : comme médiatrice interne, je bénéficie à la fois d’une totale indépendance et autonomie vis-à-vis de la hiérarchie, des syndicats et parties prenantes que je ne connais pas, et d’une bonne appréhension du fonctionnement des différents services, centraux et décentrés, des ministères. Je partage un sens de l’intérêt général et du service public avec les agents et je n’ai pour priorité que leur bien-être ou, au minimum, leur mieux-être. Je prends le temps de rencontrer chacun(e) individuellement, d’écouter avec bienveillance et empathie leur récit des événements, les ressentis, points de vue de chaque médié. La seconde phase réunit l’ensemble des acteurs. Chacun écoute l’autre, se met à sa place par un changement de regard, ce qui permet de lever les interprétations et malentendus, de comprendre les souffrances de l’autre et ses réactions. Puis les médiés, s’ils le souhaitent, peuvent co-construire des évolutions dans l’organisation du travail, proposer des formes innovantes de dialogue, etc., que je peux porter auprès de leur responsable. Régulièrement, je suis sollicitée, que ce soit par la hiérarchie, les médecins ou conseillers de prévention, assistantes sociales, syndicats ou agents eux-mêmes, pour un conflit entre deux personnes. Et les autres agents demandent à me rencontrer aussi, alors la médiation devient collective. Le conflit entre deux ou plusieurs agents représente souvent une mise en lumière de problèmes structurels.

Diriez-vous que l’effet bénéfique de la médiation, c’est de se libérer du conflit et de se retrouver ?

H.C. : ça marche au-delà de toute espérance ! Mon constat, mais aussi ma conviction, c’est que l’engagement d’un individu, en l’occurrence le médiateur, dans une relation simple et juste peut, en un instant, changer l’ambiance. Il est très fréquent que deux personnes qui s’affrontaient retrouvent la force de se parler, que des dizaines d’autres reconstituent un collectif qui avait implosé, que le maltraitant rende son tablier. On me dit souvent : “Vous n’y arriverez pas, ça dure depuis trop longtemps, personne n’a voulu voir”, et c’est précisément là que la médiation agit puissamment. Car les individus s’épuisent dans le conflit, ils en sont prisonniers. C’est comme si le médiateur leur offrait la possibilité de se libérer de leurs rets.

A.J. : je suis à chaque fois surprise de constater comment des situations ayant suscité une grande violence, verbale et parfois physique, peuvent s’apaiser rapidement. Parfois, les personnes changent d’attitude et se redisent bonjour avant même d’entamer la seconde phase, celle de la réunion avec le tiers médiateur. Je reçois aussi de nombreux messages m’informant que l’ambiance du service a totalement changé grâce à la médiation, même si ce n’est pas un remède miracle, car je ne peux créer de postes ni agir sur certains problèmes structurels. La médiation permet juste de mieux vivre dans un contexte donné, de retrouver l’envie de venir travailler sans boule au ventre, de renouer des liens, de renforcer les solidarités, et c’est déjà beaucoup.

Propos recueillis par Patrice Coster

(1) CIFFOP : centre interdisciplinaire de formation à la fonction personnel.
Premier centre en ressources humaines, il a été créé en 1971 à l’initiative visionnaire de Madame le Professeur Nicole Catala avec le concours de plusieurs DRH, à l’université Paris II Panthéon-Assas.
(2) Décret n° 2018-101 du 16 février 2018 portant expérimentation d’une procédure de médiation préalable obligatoire en matière de litiges de la fonction publique et de litiges sociaux.
Le présent décret est pris pour l’application du chapitre IV de l’article 5 de la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIe siècle.
Il peut être consulté sur www.legifrance.gouv.fr

Anne Joubert, administratrice civile, est la médiatrice nationale des ministères des affaires sociales, santé et travail, auprès des 30 000 agents que regroupent ces ministères, en administrations centrales et services déconcentrés.
Elle était précédemment déléguée aux actions en faveur des personnes sans domicile fixe au Secrétariat général de la Ville de Paris.

Hervé Chavas est médiateur, consultant et formateur. Il connaît bien le monde des services publics, où il intervient régulièrement comme tiers réflexif. Après avoir été cadre territorial à la DRH de la ville de Lyon, il a fondé son cabinet en 2005. Il est aussi maître de conférences associé au CIFFOP (1) de l’université Paris II Panthéon-Assas.

La CNV – Communication Non Violente – Mode d’emploi

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(Inter-médiés N°1)


Catherine Emmanuel,

Médiatrice généraliste diplômée d’État, nous donne le mode d’emploi de la Communication Non Violente.

Chaque jour, nous communiquons et entrons dans des interactions parfois conflictuelles.
Les personnes en conflit sont dans l’incapacité de communiquer de manière sereine et constructive : leurs échanges sont soit inexistants, soit empreints d’une telle violence qu’au mieux, ils empêchent la résolution du conflit, au pire, ils le nourrissent. En d’autres termes, la communication est un échec dont chacun a bien conscience :
« Cela fait vingt fois que je lui dis, mais il ne veut rien entendre… Elle ne cesse de me faire des reproches, je ne veux plus lui parler… Ça fait deux ans qu’on en parle, mais rien ne change ! »

Or, il existe une manière de communiquer qui permet non seulement de résoudre les problèmes de communication, mais d’accroître la satisfaction de nos besoins et la qualité de nos relations : la CNV ou Communication Non Violente.

Il s’agit d’un concept créé dans les années 1960 par Marshall Rosenberg (1), psychologue américain et médiateur international (1934-2015). Selon lui, nous naissons tous avec un élan empathique et altruiste.
Cet élan vital se trouve bridé par le conditionnement (éducatif, social, culturel…) qui nous amène à coller des étiquettes sur la situation, les autres et nous-mêmes, étiquettes qui nous coupent de nos besoins fondamentaux. Or, en matière de besoins, personne n’a tort ou raison : il existe une infinité de stratégies pour satisfaire un même besoin.
Ainsi, pour se détendre, l’un peut vouloir sortir au cinéma voir un film d’action, tandis que l’autre préférera rester lire à la maison. Et si l’autre refuse de faire la même chose que moi, il est possible que je me sente triste ou en colère. Pour autant, il n’est pas responsable de mes émotions et se révèle, tout au plus, leur déclencheur.
Comment passer du tu accusateur au je responsable ? En se libérant des jugements qui ne sont que « des expressions détournées de nos propres besoins insatisfaits » (1).

Pour ce faire, la CNV offre tout à la fois une méthode de résolution des conflits et une posture bienveillante qui nous rendent capables d’assumer ce qui relève de notre responsabilité.

La méthode OSBD

La CNV offre une liste de contrôle en  quatre temps qui permet de s’assurer qu’on est bel et bien sur la voie non violente.

Observation des faits qui m’interpellent (en mettant de côté toute forme de jugement) : « Quand je vois… Quand j’entends… »

Sentiments stimulés par les faits (en les différenciant de nos interprétations et de nos jugements) et en assumant la responsabilité de mes émotions : « Je me sens… »

Besoins liés à ces sentiments (à distinguer des stratégies) : « Parce que j’aspire à… »

Demande (à ne pas confondre avec une exigence) en vue de satisfaire ces besoins : « Est-ce que tu serais d’accord pour… ? »

Si la méthode est simple, il ne suffit pas pour autant que chacun la suive de manière mécanique. Encore faut-il le faire, en conscience et avec empathie, c’est-à-dire avec une intention bienveillante : « Lorsque nous fixons notre attention sur les sentiments et besoins de l’autre, nous renouons avec l’humanité qui nous est commune. » (1)

En tournant ses oreilles non seulement vers l’intérieur (quels sont mes besoins ?) mais encore vers l’extérieur (quels sont ceux de l’autre ?), la CNV permet de passer du mode chacal qui bloque la communication et génère la violence au mode girafe qui facilite la communication et désamorce la violence. Marshall Rosenberg a choisi la girafe parce qu’elle est le mammifère doté du plus grand cœur. La CNV suppose « une connexion de cœur à cœur ». Pour autant, il ne s’agit pas de sombrer dans le monde des bisounours. Rappelons que la girafe a aussi des sabots. On peut tout à fait exprimer sa colère en mode CNV et de manière plus efficace qu’en y laissant libre cours : exprimer pleinement ses émotions, cela requiert « la capacité d’être pleinement conscients de nos besoins ». (1) La CNV permet donc une meilleure assertivité, dans l’authenticité et l’ouverture.

Un outil précieux pour la Paix

Basée sur une éthique de la relation, la CNV est un chemin vers la responsabilisation et l’empathie par lequel chacun se relie efficacement à soi et à l’autre. Tout conflit étant l’expression tragique d’un besoin insatisfait, il importe donc que le médiateur, confronté à des positions antagonistes et des points de vue divergents, apprenne à « traduire n’importe quel message en besoin » (1).Dans la mesure où la violence est « l’expression de la frustration de notre nature » (2), la CNV permet de nous reconnecter à ce qu’il y a de vivant et précieux en chacun d’entre nous. De ce point de vue, « si la communication est un art, la CNV est un trésor » (3). Et, parce que « la Paix, ça s’apprend » (2), commençons dès maintenant par apprendre à communiquer de manière non violente :
 « Devenons le changement que nous souhaitons voir dans le monde. »
(M. Gandhi).

Catherine Emmanuel

(1) Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), Marshall B. Rosenberg, éd. La Découverte.
(2) La paix, ça s’apprend ! Thomas d’Ansembourg, éd. Actes Sud.
(3) Pratiquer la Communication Non Violente, Françoise Keller, InterEditions.

Die Mediation – Le magazine de la médiation en Allemagne

(Inter-médiés N°3)

LES MARL A TRAVERS LE MONDE
Inter∞médiés a interviewé les éditeurs de Die mediation, le docteur Gernot Barth et Bernhard Böhm, Master of Mediation  du Steinbeis Beratungszentrums GmbH à Leipzig.

Inter∞médiés : Monsieur Böhm et Monsieur Barth, qui êtes-vous ?

Gernot Barth et Bernhard Böhm : nous sommes tous deux actifs dans le monde de la médiation, en tant que médiateurs et formateurs. Il est important pour nous d’être sur le terrain, au bénéfice des médiés et de nos participants en formation. Notre institution est établie à Leipzig et à Stuttgart depuis presque quinze ans.
À ce jour, nous avons formé plus de 1 000 médiateurs. La plupart travaillent en entreprise ou en profession libérale en tant que consultant, coach ou formateur.

Quelques mots à propos de l’Institut Steinbeis ?

La Fondation Steinbeis existe depuis 1971 et jouit d’une renommée internationale dans le domaine du transfert de technologie.
Le Steinbeis Beratungszentrum GmbH (1) est un groupement d’entrepreneurs indépendants avec plus de 1 000 adhérents sur les cinq continents. Nous sommes spécialisés dans la médiation et les modes amiables de résolution des litiges (MARL) et faisons aujourd’hui partie des plus importants prestataires en matière de médiation face-à-face et en tant qu’institut de formation.

Comment a commencé l’aventure de Die mediation ?

Le premier numéro est sorti en 2012. L’idée de créer ce magazine nous est venue dans le train, entre Varsovie et Berlin. Notre constat était qu’il n’existait pas encore de publication sur le marché allemand traitant de la médiation, en dehors d’un point de vue purement juridique. Cette idée a fait son chemin et nous avons créé une rédaction à partir de… rien. De numéro en numéro, nous nous sommes professionnalisés. Die mediation est pour nous une affaire de cœur qui nous demande beaucoup d’engagement, de passion et aussi de travail.
Notre objectif était de concevoir un magazine spécialisé divertissant mais exigeant et indépendant, qui s’adresse aux médiateurs et médiatrices autant qu’aux personnes intéressées par la thématique des MARL. Nous ne voulons pas nager dans notre propre jus mais atteindre des cercles en dehors de notre propre sphère.
Nous souhaitons proposer un magazine passionnant, vivant et pratico-pratique qui donne envie d’être lu et conservé et non pas déposé dans la corbeille à papier.

Y a-t-il eu des expériences et des surprises positives ?

Nous avons été agréablement surpris par les encouragements reçus de tous les côtés, du monde de la médiation, mais pas que. C’est très important pour nous, car nous souhaitons répandre l’idée de la médiation, surtout en dehors du milieu.
Une expérience positive : la collaboration avec nos auteurs et auteures et avec notre conseil d’administration. Ils nous apportent beaucoup d’idées et d’inspiration. Ce qui est également positif, c’est la joie que nous procure ce travail. De la joie et aussi un peu de fierté, lorsque nous tenons entre nos mains la nouvelle édition de notre magazine. Cela nous motive et est seulement possible grâce au soutien des auteurs et du CA.

Y a-t-il eu des situations difficiles, des obstacles à franchir ?

Créer un magazine à partir de zéro, sans connaître grand-chose à l’industrie de l’édition, est déjà un handicap énorme. C’était un défi tout à fait nouveau et considérable et nous avons appris chaque jour plus que nous aurions imaginé.
La réalisation du projet Présence dans les kiosques en 2015 était un vrai challenge. Le marché des journaux est plus que saturé en Allemagne et il est difficile pour un nouveau venu de s’y faire une place. Il y a des moments où même les méthodes de résolution de conflits par la médiation ne suffisent pas – et il faut se battre pour avoir accès au marché.

Quels conseils pouvez-vous nous donner ?

Inter∞médiés a l’avantage d’être précurseur. Vous pouvez et devriez évoluer pour acquérir de la notoriété et devenir un influenceur en matière de médiation. Une revue spécialisée est un très bon moyen de promouvoir et de faire connaître la médiation, à condition de ne pas brider ses idées et s’imposer des interdictions de penser. 

Soyez créatifs et aussi pragmatiques. Vous aurez certainement besoin – c’est l’expérience qui parle – d’endurance et de persévérance. Ne vous laissez pas décourager par des revers, croyez en votre idée.

Quel est le paysage aujourd’hui de la médiation et des MARL en Allemagne ? 

Ce paysage est, comparé à d’autres secteurs, un paysage de consulting relativement peu ordonné. C’est seulement depuis la loi de 2012 sur la médiation que les principes fondamentaux d’une “médiation” ont été déterminés. Il existe beaucoup de médiateurs, mais peu travaillent exclusivement en tant que tels après leur formation. Et, de notre point de vue, ce n’est pas nécessaire, car leur seule existence contribue à faire évoluer le comportement face aux conflits dans notre société. Leur posture change et, même si la médiation n’est pas leur activité principale, ces personnes intègrent cette posture face aux conflits dans leur comportement quotidien et l’apportent sur leur lieu de travail et ailleurs.

Y a-t-il eu un changement depuis 2012 dans la société par rapport à la médiation et la gestion alternative des litiges ?

Nous observons une tendance très nette des demandes de médiation et de résolution alternative des litiges. Il y a cinq ans, il fallait dans 80 % des cas d’abord expliquer la différence entre médiation et méditation, ces temps sont révolus. Selon nous, cette évolution est logique : les processus décisionnels sont de plus en plus complexes et d’un point de vue politique, la société vit une fracture sociale. Les MARL contribuent à apaiser ces situations.  

Qu’est-ce qui pourrait être amélioré sur la planète médiation ?

La médiation obligatoire n’existe pas en Allemagne. Nous pensons néanmoins qu’elle serait utile dans certains secteurs juridiques. D’un côté, pour décharger les tribunaux et, d’un autre côté, pour mieux faire connaître la médiation en tant que méthode. Certains pays de l’Union européenne, comme l’Italie, ont déjà fait de bonnes expériences dans ce domaine.

Quelles évolutions seraient souhaitables pour promouvoir la médiation et les MARL ?

Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire de changer les mentalités pour promouvoir la médiation et les MARL. C’est aux médiateurs de se poser la question : comment présenter leur prestation à leurs clients de façon attractive ? Une étude menée par le gouvernement fédéral a récemment conclu que les médiations avaient plus de chances de succès lorsque les médiateurs s’écartent du processus classique tel qu’il est enseigné. Cela devrait donner à réfléchir aux hardliners (2) de la médiation. 
Ce qui compte, c’est que le client soit satisfait de la prestation. Un médiateur devrait être capable d’accorder cette indépendance d’appréciation au médié.

Vous êtes actuellement impliqués dans le projet Fomento (3), ayant pour but d’examiner les conséquences du règlement européen sur les successions internationales (4). De quoi s’agit-il ?

Une commission constituée de partenaires polonais, italiens et allemands examinera pendant deux ans de façon qualitative les expériences pratiques en matière de conflits successoraux transfrontaliers rapportés par des avocats, des juges et des médiateurs. Les objectifs de ce projet sont l’étude des conséquences concrètes du règlement européen sur les successions internationales, ainsi que le renforcement de la médiation en tant que moyen de prévention et de gestion des conflits successoraux.

Les points forts du projet seront la mise en place de formations d’experts, de conférences ainsi que la constitution d’un réseau d’experts qui sera l’interlocuteur central en cas de conflit successoral transfrontalier. 

Et, bien entendu, la France est un partenaire indispensable. Nous espérons créer des liens encore plus étroits – entre autres à travers le partenariat de nos revues qui promet des échanges passionnants.

Propos recueillis par Christel SCHIRMER

(1) Les entreprises Steinbeis ont atteint en 2016 un CA de 157 millions d’euros dans les secteurs suivants : recherche et développement, conseil et expertise, formation initiale et formation continue.
(2) Hardliner : ceux qui pensent qu’il faut respecter à la lettre le processus de la médiation tel qu’appris en formation.
(3) Projet Fomento : www.fomentonet.eu
(4) Règlement UE n° 650/2012 du Parlement européen et du Conseil du 4 juillet  2012.

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Christel Schirmer est allemande et vit en France depuis 1980. Médiatrice depuis 2012, Christel est certifiée du CNAM Occitanie. En 2011, elle crée sa structure Christel Schirmer – Bâtisseur de Liens.

Le Centre professionnel de médiation du Liban présenté par Johanna Hawari-Bourjeily

(Intermédiés N° 3)

Le Centre professionnel de médiation (CPM) de Beyrouth ouvre ses portes, en octobre 2006, au sein de l’Université Saint-Joseph (USJ) de Beyrouth et en partenariat avec l’Ifomene et l’AME.

 Fondé par Johanna Hawari-Bourjeily, avocate pénaliste de formation et diplômée en médiation de l’Ifomene, le CPM fait de la reconstruction des ponts entre les humains sa devise.

La mise en place d’une formation à la médiation professionnelle relevait de la gageure dans un environnement culturel où négociation et médiation, souvent confondues, sont considérées comme innées.
Premier centre de médiation au Liban et dans la région, le CPM, à but non lucratif, se définit comme un projet de société pour “promouvoir la paix, les outils de pacification et la culture de la non-violence à travers ce que nous savons faire”.
Centre ternaire, avec pour fil conducteur l’empowerment du citoyen (“donner la liberté aux gens de choisir entre la violence et la non-violence”), son développement s’articule autour de trois missions :

  • la formation à la médiation de médiateurs professionnels (500 à ce jour), mais aussi d’élèves-médiateurs et d’étudiants-médiateurs, l’insertion depuis 2014 de matières optionnelles de médiation et CNV à l’USJ, plus l’objectif de rendre ces matières obligatoires à l’école ;

60 % de bénévoles

  • la médiation de conflits et litiges : près de 60 % du travail effectué au centre est bénévole et permet d’offrir ce service aux personnes démunies ;
  • l’incubateur de projets : les projets soutenus par des partenaires (l’Agence universitaire de la francophonie, l’Unesco, l’UNDP, pour ne citer qu’eux) sont, de par leur diversité, le terreau qui permettra de “créer ce langage commun qui transcende tout, aussi bien les différences culturelles que professionnelles”. Dans cette optique, le centre a mis en place des projets dans les domaines politique, juridique, religieux, intercommunautaire, interculturel et bien d’autres. Le plus important de ces projets est sans conteste celui des écoles, qui inclut à ce jour 23 établissements publics et privés dans lesquels des élèves-médiateurs sont formés et suivis, ainsi que des enseignants et des parents d’élèves.

Un franc succès

Le centre professionnel de médiation participe également à des compétitions internationales de négociation et médiation. En 2015, l’équipe du CPM a gagné la compétition internationale de négociation organisée à Vienne et, en 2018, le CPM est arrivé à la seconde place de la compétition internationale de médiation organisée par la CCI à Paris.

L’évolution au cours des onze années d’existence du CPM est notable et les demandes de formation, de sensibilisation et de médiation en augmentation constante. La branche de Tripoli au Liban Nord a entamé ses activités en 2011. Une branche devrait prochainement ouvrir dans le Sud et également à Dubaï, preuve, s’il en est, du besoin de rapports humains pacifiés dans cette région du monde.

Il va sans dire que le travail de fond entrepris depuis la création du CPM a largement contribué au développement de la médiation au Liban et si, pour reprendre Camus, “la paix est le seul combat qui vaille la peine d’être mené”, alors montons tous au front !

  Nada Khair

Droit collaboratif: L’avocat devient le partenaire juridique et constructif du différend

(Inter-médiés N°3)

Droit collaboratif L’avocat devient le partenaire juridique et constructif du différend.
Au regard des pratiques judiciaires actuelles, les modes alternatifs de règlement des conflits ne cessent de se développer. La procédure collaborative participe de cette évolution. Essentiellement utilisée à ses débuts en 2007 en droit de la famille en France, elle se propage maintenant dans de nombreux domaines comme le droit social ou le droit des affaires.

La procédure collaborative est un processus alternatif au contentieux mené par les avocats, qui doivent suivre une formation spécifique. Il est proposé par ces derniers à leurs clients dès l’ouverture de leur dossier, afin de les aider à trouver une solution durable à leurs conflits, en dehors de tout cadre judiciaire. Pour mieux connaître ce processus très élaboré, Inter∞médiés a rencontré deux praticiennes du droit collaboratif : Maître Béatrice de Chaignon et Maître Anne Karila-Danziger, avocates à Paris, qui exercent leur activité uniquement en droit de la famille.

Inter∞médiés : chers Maîtres, présentez-vous…
Béatrice de Chaignon et Anne Karila-Danziger :
nous avons une longue expérience du droit de la famille et de son contentieux, mais nous avons toujours privilégié la négociation et la recherche d’une solution transactionnelle. Nous considérons l’une et l’autre qu’en droit de la famille, le procès est bien souvent délétère, car il excite le conflit. Par ailleurs, les tribunaux, de plus en plus débordés, n’ont ni le temps ni les moyens de répondre aux questions soulevées par les justiciables. En négociant, on peut traiter un dossier dans toute sa globalité et sa complexité et on évite en bout de course l’aléa judiciaire.

La négociation est une activité classique de l’avocat, et vos confrères négocient aussi tous les jours. En quoi la procédure collaborative s’en démarque-t-elle ?
Béatrice de Chaignon :
effectivement, la négociation a toujours été une des grandes missions de l’avocat. Cependant, la négociation dans sa pratique courante, dite de position, conduit la plupart du temps à un rapport de force, à des schémas de donnant-donnant et de marchandage, qui sont mal supportés par nos clients. Par exemple, en matière de divorce, l’expérience montre que les accords nés d’un rapport de force sont fréquemment suivis de contentieux sur ses conséquences (résidence des enfants, pensions alimentaires…). En effet, la partie qui sort d’un accord accouché au forceps avec un fort sentiment de frustration pourra chercher plus tard à prendre une sorte de revanche. Ceci n’a évidemment rien de satisfaisant lorsque l’on s’occupe de familles.
Anne Karila-Danziger : la procédure collaborative utilise des outils qu’on ne rencontre pas dans une négociation classique : ceux de la négociation raisonnée, de l’écoute active et de la communication non-violente, et ce, dans un cadre sécurisé et organisé. Celui-ci repose sur trois engagements : le non-recours au juge pendant toute la durée du processus, la transparence des parties sur leur situation, et l’obligation pour les avocats de se démettre en cas d’échec. L’avocat ne négocie pas pour son client, il l’assiste dans un processus destiné à le rendre autonome et à l’aider à se réapproprier le conflit. L’avocat s’interdit de donner des solutions. C’est un exercice difficile mais très gratifiant lorsqu’il est réussi !

Pouvez-vous maintenant nous expliquer de façon plus précise le mode opératoire du processus ?
A.K.-D. :
lorsque nous recevons nos clients pour la première fois, nous leur présentons le processus collaboratif, comme les autres modes amiables. Si le client est intéressé, et que son conjoint a aussi un avocat formé, un premier rendez-vous à quatre peut être organisé. C’est le rendez-vous test, au cours duquel la convention de participation au processus est lue ensemble. La procédure collaborative est réexposée. Les grands principes, comme la confidentialité renforcée ou la non-utilisation de la menace judiciaire, sont rappelés. Si tout le monde est d’accord, on signe la convention. L’exercice peut démarrer.
B. de C. : le second rendez-vous est celui du récit, par chacune des parties, récit fait à la première personne et qui n’appelle pas de réponse de l’autre. L’utilisation du Je est essentielle car il correspond au ressenti. Les avocats veillent au respect du protocole comme l’équilibre du temps de parole, le respect de l’autre et la courtoisie. Ces règles n’interdisent pas d’exprimer de la colère ou de la tristesse s’il y a lieu, mais sans prendre l’autre à parti. Puis, comme c’est le cas dans un divorce par exemple, l’avocat de la femme reformule le récit du mari et l’avocat de l’homme celui de l’épouse. La reformulation croisée permet de se sentir écouté. Cet état des lieux du conflit fait l’objet, comme après chaque rendez-vous collaboratif, d’un compte rendu rédigé par chacun des avocats à tour de rôle.
A.K.-D. : ce document assez détaillé est lu lors de la réunion suivante, où s’expriment les intérêts, besoins, préoccupations, valeurs et motivations. Cette phase est très importante et doit être préparée en amont, car il faut apprendre à nos clients à distinguer une demande d’un besoin, ce qui n’a rien d’évident : ainsi, dire “j’ai besoin d’avoir mes enfants avec moi une semaine sur deux” n’a pas le même sens que “j’ai besoin d’être présent le plus possible au quotidien dans la vie de mes enfants”. Cette étape est assez surprenante, car on s’aperçoit souvent que les besoins exprimés par nos clients sont sensiblement les mêmes ou qu’ils se répondent. La procédure collaborative prend alors toute sa dimension, car l’objectivation du conflit est en œuvre. Cette étape est également très gratifiante pour les avocats qui participent à un exercice de réapprentissage de la communication entre leurs clients.
B. de C. : la phase suivante, dite de détermination des éléments objectifs, peut alors s’organiser. Les avocats établissent ensemble la liste de toutes les pièces qui doivent être au dossier pour permettre sa bonne et entière compréhension. Puis ils réalisent, au vu de ces pièces, un audit évaluant toutes les hypothèses juridiques et financières de la situation des parties, en ayant recours à un expert, par exemple un notaire, si nécessaire et si les clients sont d’accord. Ces derniers sont ainsi pleinement éclairés, et d’une seule voix, par les deux avocats ensemble.
A.K.-D. : l’étape dite des options suit. C’est le moment de grande créativité ! Se tient ensuite une dernière réunion, préparée en amont par chaque avocat avec son client, où chacun présente trois offres, qui doivent répondre aux besoins exprimés de l’un et de l’autre et être compatibles avec l’état du droit en vigueur. L’accord se réalise finalement si une offre commune est retenue ou si un aménagement des trois offres peut être proposé et accepté. Il est important de rappeler qu’en cas d’échec du processus et si un contentieux se profile, les deux avocats participants se retireront du dossier et ne pourront plus ni l’un ni l’autre assister leur client, que les suites soient contentieuses ou pas.

On comprend, en écoutant votre déclinaison des étapes, que ce processus est très structuré et qu’il nécessite un investissement important des protagonistes et en particulier des avocats…
B. de C. :
c’est vrai. Chaque réunion implique une préparation très approfondie, un ordre du jour précis, discuté par les avocats et proposé à leurs clients. Les avocats formés au processus doivent toujours veiller à la dynamique des échanges, mais dans un cadre de confiance et de bienveillance, où sont respectées les règles d’une communication courtoise, ce qui n’est pas toujours facile dans les conflits familiaux…

Vous évoquez le sujet de la formation précisément. Cela vous semble-t-il essentiel au regard du caractère précis et exigeant du processus ?
A.K.-D. :
bien sûr. Tout dossier traité par ce biais implique la participation d’avocats extrêmement bien formés afin de parvenir au but recherché, c’est-à-dire l’obtention d’un accord pérenne répondant aux besoins de nos clients, dans un cadre sécurisé.

Où se former et à qui s’adresser pour trouver un avocat et en savoir plus sur le processus collaboratif ?
A.K.-D. :
nous avons été toutes deux formées par l’AFPDC, l’Association française des praticiens du droit collaboratif. Cette structure de référence propose des formations partout en France et regroupe aujourd’hui la plupart des professionnels formés au droit collaboratif. Sa vocation est de le promouvoir afin de reconnaître ce mode alternatif au contentieux si efficace.

Propos recueillis par Éric Bailly.

Éric Bailly est cadre de la fonction ressources humaines en entreprise et médiateur conventionnel et judiciaire dans les conflits du travail.

Le Village de la justice – 1er site de la communauté du droit en accès libre

Le Village de la Justice est le 1er site de la communauté du droit en accès libre créé en 1997 : avocats, juristes, fiscalistes, notaires, huissiers, magistrats, paralegals, étudiants, métiers des RH… y trouvent services, informations, contacts et peuvent échanger et recruter. Tous les thèmes du droit ou en lien avec le droit sont abordés sur le site, les visiteurs y trouveront donc de nombreux articles traitant du sujet de la médiation et des autres modes amiables de règlements des litiges.
Le site est accessible via le lien suivant:
https://www.village-justice.com/

Christophe Baconnier, conseiller au pôle social et magistrat coordinateur de la cour d’appel de Paris pour la conciliation et la médiation.

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(Inter-médiés N°2)

« La médiation pour rendre la vie plus belle »

Christophe Baconnier, conseiller au pôle social et magistrat coordonnateur de la cour d’appel de Paris pour la conciliation et la médiation, nous livre sa vision de la mission du juge et son approche de la médiation dans la pratique judiciaire, fort d’une expérience professionnelle de plus de vingt-cinq années.

Il fait partie des magistrats qui ont donné l’impulsion à la pratique judiciaire de la médiation après avoir constaté que nombre de décisions juridiquement fondées ne purgeaient pas le conflit.

Le métier de magistrat n’était pas sa vocation initiale. Christophe Baconnier entre dans la vie professionnelle après des études de théologie. Son « humanisme catho » le pousse à vouloir être éducateur spécialisé dans la réinsertion des détenus. Ce sera à la prison de Fresnes, « un lieu où il y avait des gens que l’on pouvait remettre en chemin pour les aider à trouver leur voie ». Il monte plusieurs projets en partenariat avec le juge de l’application des peines (jap) tout en préparant le concours de l’inspection du travail, qu’il réussit. Alors qu’il s’apprête à prendre ses nouvelles fonctions, il est interpellé par un ami magistrat : « Pourquoi ne deviendrais-tu pas juge ? » C’est le déclic ! Il ne tardera pas à explorer les voies de la médiation. Auditeur de justice à l’ENM (l’École nationale de la magistrature), il met en place une institution de médiation alors qu’il est  encore stagiaire dans un établissement public ! Devenu magistrat, ses attributions varient au fil des années : juge aux affaires familiales (jaf), substitut du procureur, juge d’instance, président de section, puis conseiller au pôle social de la cour d’appel de Paris. Prescripteur infatigable de la médiation, il la proposera chaque fois que la décision judiciaire lui semble incomplète.

Inter∞médiés : Quel regard portez-vous sur la mission du juge en ce début de XXIe siècle ?

Christophe Baconnier : Il y a des difficultés liées à l’inadaptation des moyens ou à des conditions de travail sensiblement dégradées et, en même temps, la mission de justice est tellement importante que le juge ne doit pas passer à côté des enjeux et donc de ce qui se passe pour les justiciables. Notre rôle de magistrat – je parle en tant que ­praticien civiliste –, est confronté en permanence à ce paradoxe : trancher les litiges selon la règle de droit applicable sans oublier l’exigence d’humanité. À l’ENM, un haut magistrat nous a donné ce conseil : « Vous êtes sans doute de bons juristes, mais cela ne suffira pas. Ce qui fera de vous de bons juges, c’est que vous appliquerez la loi avec humanité ! » Cela ne veut pas dire que le juge peut faire ce qui lui paraît juste, même si la vertu de justice n’est pas loin. Seule l’application de la loi guide sa plume. Il lui arrive de corriger l’effet injuste d’une loi si celle-ci conduit à une solution inappropriée, mais sa marge de manœuvre reste limitée, c’est pourquoi la médiation devrait se développer. Prendre le temps d’écouter est essentiel à l’audience : le temps ne se mesure pas en heures, mais en minutes de qualité. L’exigence d’humanité se retrouve ainsi dans la manière de faire et de dire. Et l’écoute, n’est-ce pas l’un des fondamentaux de la médiation ?

Nous y voilà ! La médiation fait partie des modes de règlement des litiges. Le cadre réglementaire mis en place vous paraît-il suffisant ?

Lorsqu’il n’existait, il y a vingt-cinq ans, qu’un cadre embryonnaire, c’est la volonté manifestée par des associations et certaines juridictions qui a permis de créer « ces autres voies de justice ». Il fallait un encadrement et c’est tant mieux qu’il ait été institué et complété. L’absence d’encadrement permettait l’éclosion, certes, de beaux projets, mais aussi de dérives liées au clientélisme individuel de personnes inscrites sur des listes, sans réelle compétence ni formation. Cependant, ce n’est pas un cadre de textes qui va promouvoir les MARD. Ce sont plus, à mon avis, les initiatives nées de la volonté des acteurs concernés. C’est aux acteurs d’inventer la médiation et de la rendre nécessaire par la qualité de son résultat. À cet égard, je fais plus confiance à des associations de médiateurs ou des institutions qu’à des médiateurs isolés, dès lors que les centres de médiation garantissent au juge la qualification de l’intervenant. La présence de médiateurs aux audiences du pôle social de la cour d’appel de Paris est un exemple d’initiative permettant de développer le recours à la médiation, même si cela ne représente encore que 5 à 10 % des affaires traitées.

Quel est l’objectif fondamental du recours à la médiation ?

Je veux d’abord dénoncer un faux motif, que je trouve pitoyable, suivant lequel l’objectif de la médiation est de désengorger les tribunaux. Il véhicule l’image d’une justice à bas coût en mode dégradé. Ceci dit, il est temps aujourd’hui d’admettre que, dans notre société, tout le monde a intérêt à repenser la régulation des litiges autrement que par le seul recours à l’institution judiciaire. Je n’hésite pas à affirmer que faire un procès doit devenir le mode résiduel, l’exception, quand tout le reste, les MARD ont échoué, il faut inverser le modèle !

N’y a-t-il pas là un risque de dénaturer la médiation en la judiciarisant à l’excès comme l’a récemment rappelé la première Présidente de la cour d’appel de Paris ?

Oui, sachant que la finalité de la médiation n’est pas de trouver un accord qui ressemblerait à une décision de justice. J’affirme que la médiation est encore si marginale qu’il faut prendre le risque de l’inventer et de la faire vivre de manière autonome. Je n’hésite pas à utiliser mon pouvoir d’influence lorsque je sens une partie réticente alors que le seul enjeu du dossier est l’intérêt bien compris des deux parties. Le but recherché est de laisser les parties construire elles-mêmes la solution répondant à leurs besoins essentiels, là où le juge n’aurait pu avoir la réponse appropriée. Je dis aux parties, lorsqu’elles ont répondu oui à ma proposition de médiation : « Vous n’abandonnerez que ce que vous voulez bien abandonner, vous préserverez ce que vous voulez préserver. »

Quels sont vos critères pour proposer une médiation ?

En fait, je procède surtout par identification des critères d’exclusion : « Qu’est-ce qui contre-indique la médiation ? ». Par exemple, la question de droit qu’il est demandé au juge de trancher ou encore l’existence de prédation objective, type harcèlement sexuel, en présence d’une partie vulnérable.

Quel est le bon moment pour proposer une médiation ?

Le meilleur moment reste l’audience de mise en état où l’on présentera la médiation, à défaut avant les plaidoiries et le cas échéant, après. Si elle est acceptée, c’est avec le concours des avocats qui sont de plus en plus formés à la médiation.

Le médiateur doit-il  être familier de l’environnement professionnel des parties ?

Ce n’est pas déterminant. Pour moi, tout se joue avec la reformulation. Si le médiateur est capable de se connecter à ce qui est vivant dans ses interlocuteurs, il a toute sa place. Pas besoin de recettes ou de tout modéliser, laissons s’exprimer notre part d’humanité.

Pour conclure, êtes-vous optimiste sur l’avenir de la médiation judiciaire ?

J’ai au moins l’espoir que l’œuvre de justice se poursuive par d’autres voies plus appropriées que l’application de la règle de droit, qui provoque trop souvent un sentiment d’injustice.

Propos recueillis par Patrice Coster

Médiation et Harmonie, par Vincent Avanzi « chief poetic officer », développeur de richesses humaines …

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(Inter-médiés N°2)

« Ne t’attaque pas au système, démode-le”
Et l’avenir sera merveilleux.
L’être humain est majestueux
Quand il communie d’âme à âme, dans les yeux.

Solutionner et relationner dans un cadre apaisé,
Ré-enchanter et humaniser sous un ciel dégagé,
La médiation, une opportunité tel un rêve éveillé
D’un espace sécurisé d’expression vers le succès.

Objection
dans la libre expression,
Embrasser notre bonheur
à l’horizon,
Atteindre
la plus juste proposition,
Engager
nos valeurs à l’unisson,
Vers une entreprise heureuse en harmonie,
Sous un soleil radieux à l’infini,
Bienvenue dans le chant des possibles,
Les synergies du Nous en guise de cible.

Nous sommes sublimes
Quand nous passons de l’Intime à la Team,
Entre équité et être libre
Pour trouver le compromis de l’équilibre.
Nos âmes de construction massives
Dotées de libre arbitre et
sens critique,
C’est en se plantant qu’on se cultive
Au cœur de l’intelligence collective.

Intermédiés
ou interreliés
Pour s’entraider
et changer de réalité,
à quoi sert d’interpréter
Quand l’empathie
n’est que de reformuler ?

Libérer la part de bonté de la loi d’humanité
Nous ouvrira les portes du pénitencier.
Tous des alliés nés sur le même pied d’égalité
Pas pour être aliénés sur la ligne d’arrivée.

Tout reste confidentiel
et les conflits s’envolent
dans le ciel,
On a tous le potentiel d’être des médiateurs virtuels.
Pas de discussion superficielle, juste changer nos logiciels,
Trouver un accord
co-construit face aux besoins essentiels.

Dès lors, déployons nos ailes vers une économie vertuelle
Et des entreprises
plus modèles,
Un apaisement professionnel,
un éclairage décisionnel,
Et des qualités relationnelles.

La vie est belle quand on converge nos étincelles,
Les Accords Toltèques, notre totem.
Carpe diem, ô capitaines, gardons le cap vers l’Eden,
Pour faire briller nos Richesses Humaines.

Vive la négociation médiationiste,
Vive l’entreprise humaniste,
Vive l’idéalisme réaliste,
Et vive le post-capitalisme !

Médiation et Harmonie
Sur les chemins de l’utopie,
Les voix du juste milieu
Désormais réunies.

                        Vincent Avanzi
  https://laplumedufutur.com

   Vincent Avanzi  est conférencier en leadership, créativité et team building. Il délivre des discours poétiques inspirants sur le capital humain et le monde de demain. Journaliste aux Échos, il a cofondé la première Université du Bonheur au Travail avec la Fabrique Spinoza et est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Le Bien-être plan des entrepreneurs et des entreprises  et À la recherche du point génial.

Deal Mediation ? La meilleure façon de résoudre un conflit est de le prévenir …

INTER-médiés, inter-medies, intermédiés, intermedies,
(Inter-médiés N°2)

Claude Amar est architecte DPLG spécialisé dans le développement d’hôtels à travers le monde. Médiateur certifié par l’IMI (International Mediation Institute) et l’IFCM (Institut Français de Certification des Médiateurs), il est régulièrement désigné par les tribunaux français et l’ICC ( International Chambre of Commerce).

Deal mediation quésako ?
Le médiateur est capable de révéler les intérêts de toutes les parties concernées.
Il n’est pas le décideur, les décideurs sont les parties elles-mêmes.

Pratiquer la médiation ou le règlement des différends par le dialogue existe depuis des millénaires. Si ses origines sont très anciennes, la médiation dans sa forme actuelle remonte à la fin des années 1900. Depuis lors, la médiation est devenue une branche à part entière, plus fréquemment utilisée parmi les modes alternatifs de règlement des différends (MARD), en particulier depuis son intégration dans le système judiciaire aux États-Unis dans les années 1960 et 1970.

Malheureusement, aujourd’hui, beaucoup de personnes familiarisées avec la pratique de la médiation  gardent une vision archaïque de celle-ci, c’est-à-dire sur la nécessité d’un conflit pour que la médiation soit considérée comme une option. Si la médiation est, en effet, une excellente méthode pour résoudre les différends existants, elle se révèle tout autant utile, voire plus, pour prévenir des conflits avant qu’ils ne surgissent. En effet, il n’est de meilleure technique de résolution des différends que leur prévention. Bien qu’elle ne soit pas encore largement utilisée de cette manière, on peut aisément établir le bien-fondé de la médiation utilisée non seulement comme mode alternatif de résolution des conflits, mais également comme précurseur ou mesure préventive dans l’art de négocier les accords.

Trouver le meilleur accord

L’objectif du « deal mediator » est de créer le meilleur accord possible tandis que les conseils des parties visent à maximiser la valeur individuelle de leur client. Le « deal mediator » est impartial, indépendant et n’a pas d’opinion. Il est capable de révéler les intérêts de toutes les parties concernées. Il n’est pas le décideur, les décideurs sont les parties elles-mêmes.

Les tâches du « deal mediator » sont les suivantes :
– organiser le processus de négociation ;
– s’assurer que l’accord se réalise, selon les termes sur lesquels les parties impliquées peuvent se mettre d’accord ;
– prévenir et, si besoin résoudre, les différends pendant la négociation ou pendant une étape ultérieure de mise en place de la solution négociée.

Les avantages du recours au « deal mediator » sont nombreux car celui-ci :
– permet de déjouer des malentendus en clarifiant les différents points de vue issus, par exemple, d’une différence culturelle ;
– a une parfaite compréhension de l’accord négocié et serait déjà familiarisé avec les subtilités de celui-ci ;
– dispose d’une capacité à identifier les intérêts de chaque partie et à les assister pour imaginer des solutions pour satisfaire ces intérêts ;
– aide les parties à évaluer correctement les risques.

Pourquoi a-t-on besoin de cette personne ? À cette question, la réponse du médiateur américain Murray Armes est assez simple : il faut considérer cette personne comme une police d’assurance. Selon lui, « la seule et meilleure manière de résoudre un conflit est de le prévenir » et c’est exactement le rôle du « deal mediator ». Les parties peuvent quitter la pièce avec un accord plus favorable, équilibré et durable. Soyons réalistes, qui serait contre ?

                                                                    Claude Amar